Marchés

Les bourses mondiales trébuchent

Lundi, les bourses asiatiques et européennes ont reculé, avant que Wall Street n'amplifie le mouvement de baisse dans la soirée. Les perspectives d'inflation et les hausse de taux qu'elles provoquent sont en cause

La journée de lundi a plutôt mal commencé pour les places financières, d’abord en Asie, puis en Europe. Elles ont d’emblée dévissé, le Nikkei, l’indice phare au Japon, chutant de 2,55% à la clôture. En Europe, les bourses de Francfort, Paris et Londres ont aussi ouvert en forte baisse, avant de terminer la journée en recul d’environ 1%. Le Swiss Market Index (SMI) n’a pas fait exception et a reculé de 1,3%.

Toutes ont réagi à la chute de Wall Street vendredi. Le Dow Jones, l’indice des industriels américains, avait perdu 2,5% dans ce qui a été sa pire séance depuis juin 2016. Lundi le mouvement s'est amplifié, avec une baisse de 4,7%. Le Nasdaq a lui reculé de 3,8%.

Mardi, les bourses asiatiques ont continué à dévisser: Débâcle sur les places asiatiques après le plongeon de Wall Street

«La hausse du taux des obligations américaines à 10 ans (jusqu'à 2,88% lundi, ndlr) a été l’élément déclencheur de la chute de Wall Street, explique Pierre Pinel, responsable des investissements de Mirabaud Asset Management à Genève. En plus, l’annonce d’une augmentation significative des salaires américains en janvier a ravivé les craintes d’inflation et la possibilité de voir la Fed relever ses taux directeurs plus rapidement que prévu.»

Une réaction saine des bourses

«Dès lors, les investisseurs se sont rués vers les obligataires, délaissant le marché actions, poursuit Pierre Pinel. Ce transfert est une réaction normale, voire saine, dans la mesure où les actions se sont passablement renchéries durant les deux dernières années.» Plusieurs analystes soulignent qu’il s’agit bien d’un excès que les marchés ont voulu corriger.

«Notre stratégie? Positionnement neutre sur les actifs risqués. On augmentera les actions après la correction, déclare Pierre Pinel. Nous recommandons la patience.» Ce dernier note aussi que tous les fondamentaux économiques sont stables et que les sondages prédisent une croissance synchronisée dans toutes les régions du monde. Et d’ajouter: «Les risques de récession sont à ce stade invisibles et les places financières, malgré plusieurs corrections ponctuelles, restent orientées à la hausse.»

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Benjamin Melman, responsable de l’allocation d’actifs et de la dette souveraine chez Edmond de Rothschild Asset Management, ne recommande en aucun cas de se séparer de ses actions. «La hausse des taux souverains de ces dernières semaines, à laquelle il a fallu ajouter les vigoureuses statistiques sur les salaires horaires aux Etats-Unis, a fini par inquiéter les investisseurs quant à un changement de paradigme», dit-il. Selon lui, ce n’est pas tant la hausse des taux – cela était prévisible – mais la rapidité avec laquelle elle est intervenue qui explique la volatilité des marchés vendredi et lundi.

Les craintes de l’inflation

«C’est une chose que l’inflation augmente modérément, comme c’est le cas actuellement. Ce serait tout autre chose si elle venait à dépasser largement les objectifs», explique la Banque Bonhôte dans une note. Selon elle, les marchés boursiers auraient, dans ce cas, chuté plus fortement. Cela alimenterait les craintes que les banques centrales resserrent la politique monétaire de manière agressive, étouffant potentiellement la croissance économique.

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La crainte de l’inflation et, par conséquent, une hausse des taux d’intérêt plus rapide que prévu apparaissent en effet comme les facteurs clés qui expliquent la volatilité de ces derniers jours. «L’activité américaine va être encore stimulée par les baisses d’impôts et le plan de restructuration promis par le président américain Donald Trump, explique un économiste japonais cité par Bloomberg. Or, mieux l’économie se porte, plus les inquiétudes inflationnistes tireront les actions vers le bas.»

Appel à la prudence

Les économistes évitent toutefois de parler de bulle dans les marchés des actions. «Je ne veux pas considérer ce que nous voyons actuellement comme une bulle, a déclaré vendredi soir Janet Yellen, la présidente sortante de la Fed. Mais je dirais que les valorisations sont en général élevées.» Un appel à la prudence. En effet, l’élection du républicain Donald Trump à la présidence, en novembre 2016, et ses promesses de réformes fiscales ainsi que d’un plan de relance ont donné un grand souffle aux marchés. Jusqu'à ce que les marchés boursiers chutent ces derniers jours, Wall Street avait gagné 30%.

Successeur de Janet Yellen, Jerome Powell a pris ses fonctions au moment même où les bourses américaines et mondiales trébuchaient. Dans son premier discours, lundi, il a promis qu’il resterait vigilant et prêt à répondre aux risques. «A travers nos décisions monétaires, nous soutiendrons la poursuite de la croissance, un marché de l’emploi sain et la stabilité des prix», a-t-il ajouté.

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