La température a été réduite sous la cocotte boursière. Les commentaires sur la menace inflationniste publiés en marge du relèvement de 0,25% du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed) ont rassuré. Le biais annonciateur de prochaines hausses a en quelque sorte été enlevé. Résultat, les marchés actions ont décollé des Etats-Unis à l'Inde, en passant par le Japon.

Mais les opérateurs restent partagés sur les perspectives offertes ces prochains mois. En réalité, la forte baisse survenue à partir de début mai, qui a particulièrement touché les marchés émergents et le Japon, a laissé des traces. «A l'avenir, les hedge funds et l'ensemble de la communauté financière vont se détourner des investissements les plus spéculatifs pour se concentrer sur les actions les plus solides», confie un trader genevois. Dans ce cadre, les titres des grandes sociétés devraient être favorisés au détriment des petites et moyennes capitalisations.

Lui est cependant plutôt positif sur les indices. «Bien qu'une croissance des bénéfices à deux chiffres soit la norme depuis 16 trimestres, les 9,1% attendus au deuxième trimestre restent acceptables», explique le financier. Ce chiffre est supérieur à la moyenne historique située aux alentours de 7%. «Et le consensus des économistes table sur des profits en hausse de 12,2% sur l'ensemble de l'année», renchérit-il. Selon lui, les principaux indices boursiers pourraient grignoter quelques pour cent d'ici à décembre.

Pour d'autres opérateurs, la hausse observée ces derniers jours ne constituerait qu'un feu de paille. «Les Bourses n'ont pas encore atteint leur plancher», assène le conseiller en investissement d'une banque étrangère à Genève. «Un nouveau recul de 7 à 9% est probable.» Selon lui, le récent rebond ne serait «qu'un épiphénomène, nourri par la couverture des plus récentes positions établies à la baisse et par un phénomène de window dressing». Appelé aussi habillage de portefeuille, ce terme reflète une pratique des gérants de portefeuilles en fin d'exercice. Pour démontrer la justesse de leurs paris, les managers ont tendance à se séparer des actions ayant réalisé les plus mauvaises performances pour accumuler celles des vedettes du moment. Une stratégie destinée à enjoliver les résultats semestriels ou annuels.

Au-delà, les prochains mois s'annonceraient difficiles. Car les Etats-Unis risquent de fortement ralentir. «Conjuguées avec la cherté du pétrole, les hausses de taux vont passablement peser sur l'économie», analyse-t-il. Dans sa lutte contre l'inflation, la Fed pourrait relever ses taux jusqu'à 5,75% ces prochains mois. «La croissance du PIB risque finalement d'être inférieure à 2,5% cette année», prévient-il.

Ce scénario pessimiste est partagé par les stratèges de JPMorgan: «Le déflateur du PCE, mesure de l'inflation préférée de la Fed, va grimper à 2,5% en 2006, nécessitant un resserrement monétaire plus fort qu'anticipé.» Publié vendredi, ce chiffre a atteint 2,1% en mai. La Réserve fédérale le juge tacitement acceptable s'il se situe entre 1 et 2%.

En réalité, la cherté du pétrole et le ralentissement attendu aux Etats-Unis finiront par peser sur les sociétés. «Nous nous attendons que les profits des entreprises américaines se situent aux alentours de 5% en 2006. Les pressions sur les marges vont devenir plus fortes, et la profitabilité, qui se trouve au sommet des 40 dernières années, va décliner», commente JPMorgan. Un scénario peu porteur pour les marchés actions.