Additionnez le pouvoir explosif du mot «récession» au prestige encore intact de l'ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine Alan Greenspan et vous débouchez sur un beau pataquès économique. Placez le tout en pleine semaine de turbulences boursières, et l'affaire prend un tour polémique largement inhabituel à ce niveau.

Tout commence le mardi 27 février lorsque l'ex-président de la banque centrale, redevenu économiste indépendant à 80 ans passés, s'adresse par liaison satellite à un parterre de courtiers de Hongkong: «L'économie peut plonger dans la récession d'ici à la fin de l'année, bien que ce ne soit pas l'opinion de la majorité des prévisionnistes.» Le «mot en R» lâché, rien ne le retiendra. La réunion est privée mais les propos font rapidement le tour de la planète.

Le même jour, la Bourse de Shanghai plonge de 9%. Entraînées, les autres places mondiales reculent de 2 à 4%. Le Dow Jones perd ainsi 3,3% en une seule séance. D'aucuns aux Etats-Unis en attribuent au moins partiellement la responsabilité à l'ex-«Fed chairman». Son successeur Ben Bernanke doit prononcer quelques mots rassurants à destination des marchés mercredi 1er mars: «Il y a des possibilités raisonnables que nous voyions un renforcement de l'économie dans le courant de l'été.» Le même jour, le Dow reprend quelques couleurs,+ 0,4%.

Mais les commentateurs se déchaînent. «L'ancien président serait-il en désaccord avec son successeur?» ironise le New York Times. D'autres sont beaucoup plus sévères: «Alan Greenspan, allez-vous nous laisser tranquilles?» demande avec insistance un blog du Wall Street Journal.

Les chances sont minces que l'ancienne idole des marchés financiers se taise. Mais elle s'est sentie obligée de préciser sa pensée jeudi: «Une récession est possible cette année, mais pas probable.» Trop tard, le mal est fait. Le Dow repart à la baisse, crevant son plancher de mercredi. Le prestige de Greenspan est écorné tandis que celui de son successeur, qui a endossé les habits de pompier des marchés, en ressort grandi.