Brexit

Les bourses s'affolent, les valeurs bancaires s'effondrent

Les Britanniques ont voté jeudi à 51,9% des voix pour sortir de l'Union européenne, contre 48,1% pour rester, selon les résultats définitifs. Le résultat du référendum agite les marchés financiers, les bourses mondiales et la livre sterling s'écroulent

La livre britannique qui tombe au plus bas depuis 1985, les bourses qui s'effondrent: les marchés financiers étaient assommés vendredi à l'annonce d'une victoire du Brexit.

Le scénario tant redouté par les investisseurs, celui d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, s'est confirmé au fil des heures, les plongeant dans la panique.

Valeurs bancaires au plus mal

Dans une première réaction, le SMI a plongé de près de 550 points sous les 7500 points. Par la suite, il s'est remis du choc et s'est mis à osciller sous la barre de 7800 points. A 14h00, l'indice vedette de la Bourse suisse reculait de 3,74% à 7723,04 points, avec un plus bas à 7476. Ce sont surtout les valeurs financières de l'indice qui l'entraînent vers le bas: l'action Credit Suisse perd 13%, tout comme celle d'UBS. Julius Baer chute de 11%.

Mais les valeurs cycliques souffrent aussi, telles Richemont (-11%) ou Swatch Group (-6%). Adecco perd quant à lui 10%.

La bourse de Londres perdait plus de 5% vendredi dans l'après-midi. Parmi les valeurs, les principales banques chutaient fortement, comme Royal Bank of Scotland (RBS) (-26,07% à 185,2 pence), Barclays (-25,46% à 139,35 pence), Lloyds Banking Group (-24,05% à 54,8 pence).

A la mi-journée, la bourse de Paris perdait plus de 8% et celle de Francfort plus de 7%. Et la débâcle était générale en Europe avec le secteur bancaire en première ligne, Deutsche Bank s'effondrant de quelque 14% comme Crédit Agricole, BNP Paribas de plus de 16% et Société Générale de près de 20%.

La bourse d'Athènes cédait plus de 15% vendredi. Alfa Bank perdait 29,66%, Banque nationale de Grèce 29,82%, Banque du Pirée 30% et Eurobank 30% également.

Wall Street a chuté à l'ouverture vendredi, évitant toutefois la panique qui s'est emparée des Bourses européennes et asiatiques après la décision des électeurs britanniques de quitter l'Union européenne: le Dow Jones perdait 2,50% et le Nasdaq 2,88%.

Succès de la dette allemande

Les investisseurs se ruaient en revanche sur les titres de dette allemande, le fameux Bund, en quête d'une valeur refuge après le choc causé par la décision des électeurs britanniques de quitter l'Union européenne, qui sème la panique sur les marchés financiers. A l'ouverture du marché obligataire, le rendement du Bund allemand (obligations à 10 ans) s'effondrait sous le coup de l'appétit des investisseurs à -0,140% tandis que les titres de dette des pays les plus fragiles de la zone euro étaient délaissés, le titre grec s'envolait par exemple à 9,384%. 

La livre britannique plongeait vendredi face au dollar, tout comme l'euro, après la victoire des partisans du Brexit au référendum lors duquel les Britanniques ont dû se prononcer pour ou contre leur maintien dans l'Union européenne.

Après s'être envolée au-dessus de 1,50 dollar au moment de la fermeture des bureaux de vote, la livre sterling est tombée d'abord sous 1,45 dollar, puis 1,40 dollar, et a poursuivi sa folle descente à des niveaux inédits depuis 1985, jusqu'à 1,3229 dollar, soit une chute de plus de 10% sur la journée. Elle baissait aussi face à l'euro qui s'élevait jusqu'à 81,96 pence, contre 76,02 quelques heures plus tôt.

Je n'avais pas vu un tel chaos depuis longtemps

«Le message est fort et clair pour les marchés financiers, et la manière dont les autorités vont réagir dans les prochaines heures sera probablement déterminante pour la suite», a affirmé Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

Le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE) Mark Carney a déclaré vendredi que l'institution était prête à injecter 250 milliards de livres (326 milliards d'euros) de fonds additionnels afin d'assurer des liquidités suffisantes pour le fonctionnement des marchés suite à la victoire du Brexit.

La banque centrale britannique est «également capable de fournir des liquidités considérables en devises étrangères, en cas de besoin», a ajouté Mark Carney dans une intervention télévisée.

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé vendredi qu'elle était aussi prête à intervenir pour prévenir un assèchement des liquidités dans le sillage du vote britannique favorable au Brexit.

L'Asie dans le rouge

La Banque du Japon (BoJ) s'est aussitôt déclarée «prête à injecter des liquidités», en coopération avec les autres banques centrales, pour limiter l'impact sur les marchés. En écho, le ministre japonais des Finances Taro Aso se disait disposé à agir fermement en temps voulu face à ces mouvements «extrêmement brusques».

L'indice Nikkei de la bourse de Tokyo a plongé de 7,92% vendredi à la clôture. L'indice des 225 valeurs vedettes a lâché 1286,33 points à 14 952,02 points et le Topix de tous les titres du premier tableau a dévissé de 7,26% (-94,23 points) à 1204,48 points.

Hongkong lâchait de son côté 2,92% à la clôture et les géants bancaires HSBC et Standard Chartered étaient touchés de plein fouet par ce vent de panique, perdant respectivement plus de 11 et 12%.

L'indice composite de la bourse de Shanghai a cédé 37,67 points, terminant la semaine à 2.854,29 points.

La bourse de Shenzhen a de son côté reculé de 0,76% (14,61 points) à 1900,60 points.

Le franc monte à 1,0650 contre l’euro

Cela faisait presque un an que le franc suisse n’avait pas été aussi fort. Ce vendredi matin, l’euro a baissé jusqu’à 1,0650 franc, avant de remonter à 1,08, alors que les investisseurs cherchent à éviter les pertes, en s’orientant vers des valeurs refuges.

A la sortie des urnes, jeudi soir vers 23h, le franc reflétait la relative quiétude des investisseurs, puisqu’il s’était approché du niveau de 1,10 face à l’euro.

S’il est important, le mouvement de ce matin sur la paire euro-franc est toutefois bien plus modéré que celui qui a lieu sur la livre sterling. La monnaie britannique, sans doute moins soutenu par les achats de la Banque nationale suisse (BNS) - contre des ventes de francs, est descendue à 1,30 face à la monnaie helvétique. Une chute de près de 10% en une seule nuit. Et un niveau qui n’avait pas été observé depuis juillet 2011, juste avant que la BNS ne décide de défendre un taux plancher.

Le dollar, également recherché par les intervenants ce matin, est assez stable face au franc. La paire USD/CHF vaut 0,97.

La semaine dernière, la BNS déclarait ne pas croire au Brexit, mais elle avait toutefois assuré que ses équipes allaient «suivre la situation 24 heures sur 24». Elle n’a pas précisé quelle genre de mesures elle allaient prendre, si sa prévision s’avérait erronnée, mais on peut imaginer que ces opérateurs se montrent très actifs sur le marché des changes pour limiter l’envolée du franc suisse.

Pour la BNS, l'important, c'est demain

Des interventions sur le marchés des changes? Des taux encore plus négatifs? Que peut faire la BNS pour empêcher le franc de s'envoler, alors que les investisseurs sont en quête de valeur refuge, depuis cette nuit? Si elle est probablement déjà entrain de vendre des francs pour freiner leur ascension, la banque nationale n'avait exclut aucune mesure, la semaine dernière, lors d'une conférence de presse.

Pour Thomas Stucki, expert des devises à la Banque cantonale de St-Gall et ancien responsable des placements à la BNS, le très court terme importe assez peu: «Le plus important n'est pas le niveau où le franc se trouve aujourd'hui. C'est celui où il se trouvera dans une semaine», a-t-il déclaré ce matin à l'agence Reuters, suggérant ainsi que la BNS ne devrait pas prendre de mesures spectaculaires dans l'immédiat.

Le pétrole baisse et l'or s'envole

Les prix du pétrole baissaient fortement vendredi en cours d'échanges européens, lestés par une vague générale d'aversion au risque sur les marchés financiers après le vote du Royaume-Uni en faveur d'une sortie de l'Union européenne.

Vers 09H00 GMT (11H00 à Paris), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 48,69 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 2,22 dollars par rapport à la clôture de jeudi.

Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude» (WTI) pour la même échéance lâchait 2,15 dollars à 47,96 dollars.

L'once d'or a ainsi atteint vendredi 1359,08 dollars, son niveau le plus fort depuis mars 2014.


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