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Les bourses se stabilisent après 24 heures de folie

Sur fond de crainte de hausses des taux et d'inflation, les places financières ont tangué une bonne partie de la journée. Le retour de la volatilité est jugé sain et durable

Les marchés n’ont pas encore complètement repris leur souffle. Dans le sillage de Wall Street, les places asiatiques ont plongé pendant la nuit de lundi à mardi, suivies des indices européens, qui ont subi leur chute la plus marquée depuis juin 2015. Dans cette déroute, les actions américaines donnaient l’impression qu’elles allaient rebondir mardi ou, du moins, se stabiliser.

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C’est en tout cas ce que laissaient entendre les contrats à terme sur les principaux indices boursiers outre-Atlantique en début de journée. Alors que l’Europe affichait rouge partout – le SMI a finalement perdu 2,9%, le CAC 40 2,35% et le DAX 2,32% –, la plupart des experts s’attendaient à un retour au calme.

Pas comme en 2007

A l’ouverture, les bourses américaines ont pourtant replongé. Toujours pour les mêmes raisons. La chute «vient surtout de la crainte de hausse rapide d’inflation ainsi qu’une hausse des taux d’intérêt plus importante que prévu de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed)», explique Gero Jung, chef économiste de la banque Mirabaud. En résumé, les investisseurs réajustent leurs attentes et les marchés tanguent. Mais, pour le spécialiste, ce n’est que «temporaire» car les fondamentaux économiques restent solides aux Etats-Unis comme en Europe. «Nous ne sommes pas dans un scénario comme en 2007, où l’économie était au bord de la récession.»

Et la rechute n’a été l’affaire que de quelques minutes seulement. A 18h, à l’heure où les marchés européens fermaient, le Dow Jones et le S&P 500 avaient effacé une grande partie des pertes.

Retour de la volatilité

De fait, si la journée a mal commencé, c’est surtout en raison du retour d’un facteur presque oublié: la volatilité. Cette mesure de la peur des marchés se base sur les mouvements des prix des actifs financiers. Quasi inexistante ces derniers mois, signe d’une euphorie sur les marchés, la volatilité a bondi pendant la journée de lundi, avant de refluer mardi, mais sans disparaître. «Ce retour de la volatilité est plutôt sain, estime Fabrizio Quirighetti, responsable des investissements à la banque Syz à Genève. Il faudra s’y réhabituer car elle ne va pas disparaître.»

Pendant que les actions dégringolaient, les obligations ne sont pas restées de marbre. Ce sont même elles qui ont d’abord réagi, vendredi, à l’annonce des chiffres de l’emploi et des salaires supérieurs aux attentes. Les taux ont donc grimpé, particulièrement les taux américains en réaction au risque d’inflation et d’une accélération du resserrement de la politique monétaire de la Fed.

«Les taux sont montés, ce qui a déséquilibré les actions, qui ont chuté. Mais, ensuite, ils sont redescendus, parce que les investisseurs se sont remis à acheter des obligations souveraines américaines, qui jouent le rôle d’actifs refuges», explique Fabrizio Quirighetti. Les obligations allemandes ont suivi la même évolution. A terme, prévient l’expert, il faut cependant s’attendre à une hausse des taux.

Réflexes habituels sur les changes

Sur le marché des changes, le retour de l’aversion au risque a réveillé les réflexes habituels. Direction les monnaies refuges: le yen japonais, surtout, mais aussi le franc et le dollar qui, lui aussi, conserve son statut de devise sécurisante face à la chute des marchés. C’est surtout l’euro qui en a pâti ces derniers jours. En fin de journée mardi, l’euro a toutefois rattrapé sa perte face au franc. L’or a attiré les investisseurs au plus fort de la chute des marchés.

Pour Gero Jung, il ne faut pas s’attendre à ce que le franc entame de nouveau une phase d’appréciation. Car, en face, la monnaie unique devrait, à moyen terme, profiter de la normalisation des taux du marché en euros – qui rend les actifs dans cette monnaie plus rémunérateurs, donc plus attractifs pour les investisseurs.


Nouveau coup dur pour le bitcoin

De la part de la banque centrale des banques centrales, une telle position vis-à-vis du bitcoin était prévisible. La Banque des règlements internationaux (BRI) ne pouvait décemment pas être favorable au développement d’une monnaie qui, justement, se caractérise par son indépendance vis-à-vis des banques centrales.

Mais la forme du message a surpris. Mardi, lors d’une conférence à Francfort, le directeur général de la BRI s’est montré très dur, évoquant une cryptomonnaie qui «devient à la fois une bulle, un montage Ponzi et un désastre environnemental». Pour Agustin Carstens, ces cryptomonnaies sont «des actifs purement spéculatifs» et peuvent détériorer la confiance du public dans le système financier.

C’est un nouveau coup dur pour le bitcoin qui, ces derniers jours, est pris dans la tourmente de la baisse des marchés financiers. Il se négociait mardi à 6906 dollars, après avoir plongé sous les 6000 dollars. Début janvier, il en valait encore 16 000. Ces dernières semaines, il a été frappé, pêle-mêle, par la méfiance des investisseurs, les assauts verbaux de différents régulateurs ou encore les interdictions, notamment par Facebook, de publicité.

Certaines banques, américaines et britanniques notamment, interdisent désormais les achats de bitcoins par carte de crédit. La cryptomonnaie devrait par ailleurs aussi figurer au menu du prochain G20 des Finances. S. P.

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