L’annonce faite hier par la Réserve fédérale américaine (Fed) de mesures de relance d’une ampleur exceptionnelle a provoqué aujourd’hui une envolée des marchés européens, dans le sillage des places américaines et asiatiques qui avaient déjà bien réagi la veille.

Immédiatement après l’annonce, les taux à 10 ans avaient tout de suite fait une chute vertigineuse de 50 points de base, pour atteindre environ 2,50%. Les taux hypothécaires se sont aussi très vite orientés à la baisse, et le marché des dérivés de crédit, notamment celui des «credit default swaps», s’est brusquement détendu. Le dollar a chuté contre toutes les principales devises, entraînant la hausse du prix du pétrole et de toutes les matières premières, dont l’or. Ces mouvements se sont encore accentué aujourd’hui jeudi.

La Fed a annoncé hier qu’elle allait racheter pour 300 milliards de dollars des bons du trésor au cours des six prochains mois, dans le cadre d’un paquet de mesures qui totalise 1150 milliards de dollars et comprend aussi le rachat d’autres types d’actifs, dont des titres adossés à des crédits hypothécaires.

Cette annonce surprenante a eu un effet immédiat sur l’ensemble des marchés financiers, mais laisse les analystes sceptiques quant aux implications de cette stratégie d’exception. «La Fed fait, comme elle l’a promis, tout ce qui est en son pouvoir pour venir à bout de cette crise», estime un économiste de la Deutsche Bank, cité par le Wall Street Journal. La Fed donne l’impression de balancer tout ce qu’elle sans réfléchir, estime-t-on chez Goldman Sachs, dans une citation du Financial Times.

Avec des taux directeurs proches de zéro, la Fed plonge tête baissée dans une stratégie de relance dite d’assouplissement monétaire. Une méthode qui consiste dans les grandes lignes à faire tourner la planche à billet pour racheter sur le marché de vastes quantités d’actifs, principalement de la dette sous forme d’obligations. Les banques centrales d’Angleterre et du Japon s’y sont déjà mises depuis quelques semaines, ainsi que, dans une moindre mesure, la Banque nationale suisse. Dans sa dernière déclaration, Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, a laissé entendre qu’il y songeait également.

Seulement l’assouplissement quantitatif présente plusieurs désavantages. A court terme, s’agissant de mesures d’urgence, la méthode signale que l’économie va vraiment mal. «Les perspectives de la Fed sont plus négatives que ce que Ben Bernanke a bien voulu suggérer ce week-end», estime un économiste de chez Nomura International cité par CNBC, faisant référence à l’apparition exceptionnelle du président de la Fed sur l’émission télévisée «60 minutes». «Dans son communiqué, la Fed n’a pointé aucun signe d’amélioration», relève l’économiste. En revanche, elle souligne une activité industrielle en décrue, un chômage en augmentation, des prévisions de vente en baisse et les difficultés à obtenir des crédits. En prenant des mesures aussi drastiques, «La Fed signale que l’économie [américaine] n’a pas encore touché le fonds», affirme pour sa part William Pool, ancien président de la Fed de St Louis, sur Bloomberg News.

A plus long terme, les mesures d’assouplissement quantitatif présentent de sérieux risques d’inflation si la banque centrale ne parvient pas à réabsorber à temps l’argent qu’elle a massivement injecté. Le trop plein d’argent engendrant ensuite des bulles inflationnistes et spéculatives.

Dans l’immédiat, la Fed espère surtout faire baisser le taux des crédits à long terme pour relancer les investissements et la consommation. En même temps, en faisant baisser les taux des bons du Trésor, l’action de la Fed permet aussi d’alléger le fardeau de la dette gouvernementale qui augmente à mesure que les plans de relance se multiplient.