Dans la dernière ligne droite vers la fin de l’année, les sujets de tension ne manquent pas pour les investisseurs: ralentissement de la croissance, inflation, fin du soutien des banques centrales ou encore le variant Delta. Les principaux indices boursiers sont dans le rouge depuis début septembre, le S&P 500 de 1,4%, l’Euro Stoxx 500 de 1,47% et le SMI de 3,4%. Après une phase de croissance ininterrompue entre 2009 et début 2020, se dirige-t-on vers un nouveau cycle économique? Ou l’épisode de la pandémie pourrait-il n’avoir été qu’une pause dans une tendance porteuse?

La récession la plus courte de l’histoire, entre mars et avril derniers, a succédé à la plus longue phase de croissance jamais observée, entre la fin de la crise financière de 2008 et le début de la pandémie. Un nouveau cycle d’expansion a-t-il débuté en mai? Pourrait-il se révéler très court? Ce sont des questions que se pose Matthieu Dulguerov, de la banque Degroof Petercam à Genève: «La croissance ralentit aux Etats-Unis, comme le montre notamment le recul des permis de construire depuis le début de l’année», détaille le responsable des investissements de l’établissement affichant environ 1 milliard de francs d’avoirs sous gestion.

Dans le même temps, poursuit-il, «la courbe des taux d’intérêt américains se «dé-pentifie», sous l’effet de la baisse des taux à long terme. Soit la Réserve fédérale achète davantage d’obligations d’Etat américaines à long terme qu’elle ne le dit, soit les investisseurs reviennent massivement sur ces actifs sans risque, ce qui fait baisser leurs rendements. Dans les deux cas, ce sont des motifs d’inquiétude».

La liquidité et la Chine

Nous traversons probablement un mini-cycle de ralentissement, estime pour sa part Florian Marini, responsable des investissements chez Bruellan, un gérant indépendant genevois. «Durant le cycle 2009-2020, nous avons observé trois mini-cycles pendant lesquels les indicateurs avancés ont atteint un sommet, puis baissé avant de remonter. Depuis le bas touché mi-2020, une reprise s’est concrétisée jusqu’à fin mai et nous assistons maintenant à une décélération de la croissance, mais toujours dans une tendance à l’expansion qui va durer plusieurs années.»

Notamment car «la fortune nette du consommateur a augmenté durant la pandémie, ce qui est très atypique en sortie de récession (plus de 2500 milliards de dollars d’excès d’épargne pour le consommateur américain)».

Le spécialiste voit deux raisons à ce ralentissement: «La liquidité, qui croît moins vite car les banques ont notamment octroyé moins de crédit. Et la Chine, qui ralentit car elle a été la première à sortir de la récession, en mars 2020. La Chine ralentit mais la banque centrale chinoise a déjà baissé en juillet le taux de réserve obligatoire des banques pour stimuler le crédit.»

Propice aux corrections de marché

Les conséquences? «Un climat davantage propice aux corrections sur les marchés, mais en aucun cas une fin de cycle et une récession à venir», conclut Florian Marini, qui souligne les résultats très solides des entreprises au deuxième trimestre et le fait que les prévisions de bénéfices ont été constamment relevées au cours de l’année par les analystes financiers.

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Selon lui, le covid ne provoquera plus de fermeture des économies, vu la progression des taux de vaccination et une mortalité bien inférieure à ce qu’elle a été lors de la première vague. Pas de crainte de coup d’arrêt de l’économie, donc. Le covid n’est d’ailleurs plus le principal sujet de préoccupation des gérants interrogés chaque mois par Bank of America, dans un sondage qui donne le pouls des perceptions des investisseurs. Leur première source d’inquiétude: l’inflation.

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Or «l’inflation n’est pas encore inquiétante car pas structurelle, reprend Matthieu Dulguerov, de Degroof Petercam. Les salaires n’augmentent pas et commencent même à baisser en termes réels [en tenant compte de l’inflation, ndlr] aux Etats-Unis. A ce stade, il s’agit donc d’une inflation transitoire, liée principalement à l’immobilier et au rebond des matières premières après la forte baisse du premier semestre 2020».