Horlogerie 

«Dans mes boutiques à Hongkong, l’ambiance est plombée»

Karson Choi pilote Halewinner, une chaîne de boutiques qui vend des Audemars Piguet, des Omega ou encore des Cartier entre Hongkong et Macao. Il raconte son passage à la foire de Bâle

Quand il est en Suisse, Karson Choi se sent bien. Il n’a pas besoin de gardes du corps. Il peut s’habiller comme il veut. Et surtout se promener librement. A Hongkong, où il vit, le patron du détaillant horloger Halewinner et fils de Francis Choi – onzième fortune de Hongkong selon Forbes (5,7 milliards de dollars) – n’a pas cette même liberté. Il était de passage à Bâle cette semaine. Pour lui qui vend des Audemars Piguet, des Omega ou encore des Cartier entre Hongkong et Macao, venir à la foire horlogère est une priorité. Autour d’un verre d’eau gazeuse sur une terrasse à l’écart de la foule, il décompte: en quatre jours, il aura aligné 32 rendez-vous.

Même à l’heure des nouveaux moyens de communication – notre rencontre est fixée via Whatsapp –, de l’explosion du circuit de distribution ou du franc fort, il est «très important» pour lui de venir «sentir l’atmosphère» de l’industrie dans les travées du salon bâlois. Et pas seulement parce qu’il s’agit de la seule occasion de «toucher en avance les prochains modèles».

«Je viens pour voir dans quelles directions vont les marques. Pour sentir s’ils ont confiance en nos magasins», note Karson Choi. Et signer des «engagements» avec certaines marques. Qui pourront se traduire, ou non, par des achats concrets pendant l’année. Il a fait le déplacement avec sept de ses 400 collaborateurs. «Même si c’est fou à quel point la Suisse coûte cher…»

Rassurer les marques

Il doit aussi rassurer un peu les marques. Et pour cause, les exportations suisses de montres à destination de son marché de prédilection, Hongkong, se sont effondrées l’an dernier de 22,9%. «Mon chiffre d’affaires a dégringolé de 30% en 2015. C’était très, très dur», regrette Karson Choi. Pour 2016, il s’attend à une chute d’encore 10 à 15% «en étant positif».

Publiées par la Fédération horlogère durant le salon, les statistiques des exportations horlogères en direction de Hongkong en février ont accusé un nouveau recul de 25,3%. «Quand je vais dans mes boutiques, je sens que l’ambiance est plombée», note-t-il. Ses employés, en partie rémunérés avec des commissions sur leurs ventes, sont déprimés.

Lire aussi: L’exode des montres suisses vers le Japon se confirme (22.03.2016)

Reprendre ou non les pièces invendues

Le discours entendu à Bâle fait du bien à Karson Choi. «Les marques comprennent bien la situation. Elles essayent de nous aider avec nos stocks», explique-t-il dans un anglais parfait. Si certaines sociétés n’entrent pas en matière pour la reprise de pièces invendues, d’autres se montrent plus compréhensives. Un patron d’une grande marque vient par exemple d’accepter de reprendre les plus vieux stocks d’invendus en échange d’un crédit pour de nouvelles pièces. Lesquelles? Karson Choi ne veut pas donner de noms.

«Quand l’économie va mal, il y a une vraie entraide entre certaines marques et leurs détaillants, relève Karson Choi. En revanche, et c’est paradoxal, quand tout va bien, la situation est plus tendue car nous avons besoin de nombreuses pièces, les marques ne peuvent pas toujours nous livrer convenablement.» Il s’interrompt: un passant l’a reconnu et veut prendre un selfie avec lui. Karson Choi obtempère avec le sourire.

Du temps pour former ses vendeurs

Pour lui, cette période particulièrement calme est parfaite pour mieux former son personnel à la vente, «quelque chose que l’on n’aurait jamais le temps de faire en temps normal…» Il faut dire que sa clientèle a changé. Alors que ses boutiques s’adressaient prioritairement aux touristes chinois en vacances, «nous nous concentrons maintenant sur les clients locaux». Ces derniers ont des goûts différents, préférant les éditions limitées avec des matériaux spéciaux là où les Chinois du continent «aiment les modèles plus classiques, plus conservateurs, couverts d’or».

Au milieu de ce passage à vide, le trentenaire ne baisse pas les bras. Même si certaines de ses 23 boutiques perdent aujourd’hui de l’argent, en 2016, il entend en ouvrir une de plus à Hongkong et… dix nouvelles à Macao. Dans un casino géant. «Les gens pensent que je suis fou. Mais moi je vois cette période comme une opportunité pour mon groupe», conclut Karson Choi.


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