Justice

La BPCE, cette banque française si convoitée

Le procès de François Pérol, président du quatrième groupe bancaire français, aura permis d’ouvrir une fenêtre rare sur les méandres du capitalisme hexagonal

La BPCE, cette banque française si convoitée

France Le procès de François Pérol a soulevé le voile sur les conditions de sa nomination en 2009

Absent du tribunal, l’ancien président Nicolas Sarkozy est au cœur des débats

«Monsieur Pérol, vous êtes sûrement un haut fonctionnaire de talent. Vous avez travaillé dur, à l’Elysée, lors de la crise financière de 2008. Mais à la BPCE, ce que vous avez fait n’est pas convenable.»

Avocat d’un ancien dirigeant d’une des deux banques fusionnées, congédié lors du mariage des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires en février 2009, Daniel Richard avait calibré sa plaidoirie, mardi, dans la salle d’audience du Palais de justice de Paris. «Convenable»: un mot de bon sens, d’éthique presque ordinaire, face à l’avalanche de byzantineries administratives dont le prévenu, le président de la BPCE François Pérol (interviewé par Le Temps le 11 avril 2015) se sert comme d’un rempart pour démontrer que dans cette affaire, et contrairement aux apparences, aucune «prise illégale d’intérêts» n’a eu lieu.

Dans la forme, le procès de François Pérol est celui d’une étoile de la haute administration, énarque, inspecteur des finances passé par la Banque Rothschild, devenu l’un des premiers banquiers de France après avoir été le numéro deux du staff présidentiel, sous le quinquennat Sarkozy.

Sur le fond, ce procès qui s’achève cette semaine dissèque un système de pouvoir hexagonal tout en clairs-obscurs, en notes «verbales» qui ne laissent pas de traces, en pressions directes impossibles à retrouver dans les archives, faute de procès-verbaux. Nous sommes au début de 2009. L’Etat Français, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, décide comme ses homologues européens d’accorder à ses principales banques des lignes de crédit pour les protéger du choc post-Lehman Brothers. Il faut aussi réorganiser, consolider le front bancaire. Le Ministère des finances, en lien avec la Banque de France et la direction du Trésor, concocte le rapprochement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, qui finissent par fusionner. Mais tout cela transite par la présidence de la République, où François Pérol affirme qu’il ne faisait que donner son avis, sans intervenir: «Or au vu du fonctionnement, en France, du sommet de l’Etat, c’est impossible, confirme au Temps un ancien conseiller présidentiel. A l’Elysée, on passe son temps à arbitrer, à exiger, à influer, à contredire. On le fait lors de réunions «qui n’existent pas», en fonction des impératifs politiques et aussi, souvent, des affinités personnelles. Les conflits d’intérêts, on nage dedans.»

Un observateur non averti des mœurs politiques parisiennes n’y verrait presque que du feu. L’argument de Pierre Cornut-Gentille, avocat de François Pérol – et du banquier genevois Dominique Reyl mis en cause dans l’affaire Cahuzac –, selon lequel le recrutement de son client à la tête de la BPCE devait tout à sa compétence, et rien à ses fonctions de conseiller présidentiel, sera peut-être, d’ailleurs, validé par les juges.

Mais que dire des pratiques révélées au fil des audiences? Un Nicolas Sarkozy omniprésent, dont l’ancien ministre Claude Guéant a confirmé à la barre qu’il voulait «imposer Pérol». Des arrangements en coulisses entre énarques, souvent tous issus de la même Inspection des finances, pour définir à l’époque le profil du futur dirigeant du groupe bancaire. Et cette absence manifeste, lors des discussions au sommet à propos du poste de président – assorti d’un salaire annuel fixe de 550 000 euros –, de toute interrogation déontologique, alors que, comme l’a redit mardi Me Jérôme Karsenti, avocat du syndicat CGT: «L’énorme majorité des 108 000 employés du groupe BPCE, eux, sont convoqués dès qu’ils enfreignent les règles.»

On parle souvent, avec une pointe d’ironie, du capitalisme «à la française» pour désigner le cordon ombilical et incestueux entre la haute administration et les grandes entreprises. Le groupe BPCE en est un très bon exemple. Des sociétaires tenus à l’écart. Un pouvoir politique centralisé au niveau de la présidence. Des exigences éthiques aussi fortement proclamées que vite oubliées… Avec, tout au long des débats, un François Pérol sûr de son fait, fier d’avoir redressé financièrement le groupe bancaire qu’il continue de présider. Comme imperméable à cette leçon de transparence et de bonne gouvernance que ce procès, voulu par les parties civiles «au nom des principes», s’efforce de donner. Fin des plaidoiries ce jeudi.

Des arrangements en coulisses entre énarques, tous issus de la même Inspection des finances

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