«Je leur ai donné la plus grosse affaire de fraude fiscale au monde. J’ai dénoncé 19 000 criminels internationaux et je serai le seul à aller en prison? Et pas un seul banquier suisse?» Bradley Birkenfeld a dénoncé le sort que lui ont réservé les autorités américaines, s’exprimant pour la première fois dans l’émission 60 Minutes sur la chaîne américaine CBS dimanche soir.

«Bradley Birkenfeld a fait gagner des milliards de dollars au contribuable américain et amené des milliers de personnes à se dénoncer», ce qui devrait lui valoir la reconnaissance du gouvernement, note son avocat Stephen Kohn devant les caméras de 60 Minutes. Au lieu de cela, l’Américain a été condamné à 40 mois de prison par une Cour de Floride en août dernier. Après un an d’arrêt à domicile avec un bracelet électronique à la cheville, il devra purger sa peine dès le 8 janvier, soit ce vendredi.

Il n’est toutefois pas exclu que Bradley Birkenfeld ressorte de prison en homme riche. Selon ses avocats, sa condamnation pour des actes frauduleux liés à son client ne devrait pas l’empêcher de prétendre à une récompense de 30% sur les 780 millions de dollars d’amende versés par son ancien employeur, voire sur une part des milliards de dollars rapatriés par des anciens clients de la banque.

L’ancien gérant d’UBS ne s’est pas étendu sur les raisons qui l’ont poussé à approcher les autorités américaines durant l’été 2007 pour leur remettre des milliers de pages de documents internes de la banque. «Je leur ai donné le nombre de clients et les sommes sous gestion en Suisse pour des Américains», a indiqué Bradley Birkenfeld à l’antenne. Selon lui, 90% de ses clients avaient recours à UBS dans le seul but de frauder le fisc.

Depuis ses révélations, 10 000 contribuables se sont volontairement dénoncés et six anciens clients ont plaidé coupable de fraude fiscale. Ces derniers ont obtenu des peines avec sursis. L’ancien chef de la division de gestion de fortune d’UBS pour les clients américains, Martin Liechti, retenu quatre mois à Miami suite aux dénonciations de son subordonné, a été libéré sans suite et en toute discrétion à l’automne 2008. Bradley Birkenfeld a également offert son témoignage au parquet de Zurich, en vain, avant que celui-ci ne renonce à ouvrir une enquête sur les procédés d’UBS.

L’étoffe d’un héros?

Lors de l’interview, Bradley Birkenfeld s’est montré évasif sur sa propre implication. Dans un échange presque cocasse, il a par exemple admis avoir caché des diamants dans un tube de dentifrice pour les remettre à un client lors d’un voyage aux Etats-Unis. «Etait-ce légal?» demande le journaliste Steve Kroft. «Oh, c’était juste pour être sûr de ne pas les perdre», répond l’ancien gérant. La sévérité du Département de la justice s’expliquerait par le manque de transparence de l’ancien banquier. Celui-ci ne serait passé aux aveux qu’après que son principal client, le milliardaire Igor Olenicoff, fut tombé dans les filets du fisc.

Bradley Birkenfeld conteste cette version des faits avec véhémence. Ses avocats ont écrit au ministre de la Justice Eric Holder la semaine dernière pour obtenir un report de son entrée en prison, le temps que son cas soit réexaminé. Cette demande a été refusée lundi. L’Américain avait plaidé coupable d’aide à la fraude fiscale en juin 2008.