Instruction

Bradley Birkenfeld, un témoin américain à l’appui de l’enquête française contre UBS

L’ex-gérant de fortune sera entendu ce vendredi au pôle financier du parquet, par les magistrats qui instruisent le dossier UBS. La banque a été mise en examen pour «blanchiment aggravé de fraude fiscale» et «démarchage bancaire ou financier illicite»

Bradley Birkenfeld, un témoin américain à l’appui de l’enquête française contre UBS

Instruction L’ex-gérant de fortune est entendu ce vendredi par les magistrats du pôle financier

Bradley Birkenfeld, l’homme par qui la mort lente du secret bancaire a débuté, est arrivé à Paris. L’ex-gérant de fortune américain d’UBS sera entendu ce vendredi matin, à la rue des Italiens, au cabinet du juge Guillaume Daïeff, l’un des magistrats qui instruit l’affaire UBS en France. L’audition «en qualité de témoin», selon la convocation, pourrait durer des heures. «Une jonction des dossiers français et américains pourrait alors s’opérer», commente une source proche de l’enquête.

La justice américaine a donné son feu vert à ce voyage de cinq jours. Aux Etats-Unis, l’ex-chargé d’affaires a d’abord purgé une peine de prison de 30 mois avant de toucher 104 millions de dollars de la part du fisc pour son rôle de lanceur d’alerte; Bradley Birkenfeld vit encore en liberté surveillée jusqu’à la fin du mois de novembre. Pour UBS, le scandale américain s’était soldé par le versement d’une amende de 780 millions de dollars.

Sous enquête en France depuis presque trois ans, la banque suisse a été mise en examen pour «blanchiment aggravé de fraude fiscale» et «démarchage bancaire ou financier illicite», tandis que la filiale française est soupçonnée de complicité. L’instruction touche à sa fin. Toujours très remonté contre son ex-employeur, Bradley Birkenfeld ne compte pas «laisser UBS s’en tirer» en France, a rapporté cette semaine le Wall Street Journa l. «Même après avoir purgé une peine […], Bradley Birkenfeld reste prêt, désireux et capable d’aider les enquêteurs dans leurs investigations sur UBS», écrit l’un de ses avocats, cité par le Wall Street Journal, dans la demande de voyage adressée au procureur Mark Daly.

Bradley Birkenfeld connaît de l’intérieur les mécanismes de démarchage des clients et d’évasion fiscale; il les a lui-même pratiqués quand il était gestionnaire de fortune. Il connaît aussi les bureaux genevois d’UBS qui s’occupaient de la clientèle offshore, où il a travaillé. Depuis de longs mois, il est en contact avec Stéphanie Gibaud: dans les années 2000, cette ancienne salariée a organisé des événements mettant en relation des chargés d’affaires et de riches clients; elle dénonce depuis plusieurs années les agissements de chargés d’affaires suisses sur sol français. Selon plusieurs témoignages, certaines pratiques étaient semblables de part et d’autre de l’Atlantique.

Comme le rappelle son avocat, «à partir de 2007, Bradley Birkenfeld a fourni au gouvernement américain des informations étendues et détaillées sur un système de fraude fiscale perpétré par UBS et ses dirigeants pour aider les clients à cacher des avoirs et éviter de payer l’impôt aux Etats-Unis». A Paris, Bradley Birkenfeld doit apporter des «preuves» aux enquêteurs pour étayer ses propos.

Un autre trait d’union entre la France et les Etats-Unis pourrait être Raoul Weil, l’ex-grand patron de la gestion de fortune d’UBS. Mis en accusation en Floride pour incitation à la soustraction fiscale, Raoul Weil a été acquitté le 3 novembre dernier, au terme de trois semaines de procès devant le tribunal de Fort Lauderdale, en Floride. Il a été jugé non coupable de complicité de fraude fiscale par le jury, notamment faute de preuve directe de sa connaissance des pratiques de ses subordonnés. Non coupable, c’est aussi ce que plaide UBS sur le dossier français.

Le nom de Raoul Weil apparaît régulièrement dans les témoignages des ex-salariés français: avant d’être nommé au niveau mondial, il était responsable de la gestion de fortune au niveau européen. Selon nos informations, certains lanceurs d’alerte français avaient demandé à être entendus par le procureur américain avant le procès de Raoul Weil, mais le courrier était demeuré sans suite. Bradley Birkenfeld aussi a proposé «son aide» dans ce dossier, rappelle son avocat dans la lettre précitée.

Les trois ex-cadres d’UBS actifs dans la gestion de fortune de clients français sous mandat d’arrêt des magistrats instructeurs ont un temps travaillé sous la responsabilité de Raoul Weil, selon nos informations. Le mandat décerné début janvier a depuis été diffusé dans l’espace Schengen, a également appris Le Temps.

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