Le directeur général de Credit Suisse, Brady Dougan, se défend contre les critiques de la Banque nationale suisse (BNS) concernant la sous-dotation en fonds propres du numéro deux bancaire helvétique. Selon l’Américain, «Credit Suisse est en bonne disposition». «Si un tremblement de terre venait à frapper les marchés financiers, nous le sentirions aussi», admet Brady Dougan dans une interview parue dimanche dans l’hebdomadaire alémanique SonntagsZeitung. «Cependant, nous disposons de suffisamment de fonds propres pour remplir actuellement tous les objectifs.»

En publiant jeudi son rapport annuel sur la stabilité financière, la BNS a exhorté les deux grandes banques helvétiques, UBS et Credit Suisse, à accroître leur dotation en fonds propres dit durs pour renforcer leur résistance aux chocs financiers. Les propos de l’institut d’émission visaient particulièrement Credit Suisse. L’évaluation de la BNS apparaît «difficilement compréhensible», note Brady Dougan. Le rapport, qui a fait chuter le cours de l’action Credit Suisse, se fonde sur un scénario très pessimiste en ce qui concerne l’évolution de la crise de la dette dans la zone euro.

Credit Suisse créera des fonds propres supplémentaires, promet Brady Dougan. La banque y parviendra avec le concours de ses futurs bénéfices. En revanche, dit l’Américain, aucune augmentation de capital n’est prévue.

«Je suis déçu par le rapport de la BNS», déplore Brady Dougan. Ce dernier l’est d’autant plus qu’il a eu, il y a une dizaine de jours, une discussion d’une heure et demie avec Thomas Jordan, président de la BNS, et Jean-Pierre Danthine, vice-président. Les trois hommes ont abordé dans le détail la situation de marché et la stratégie de Credit Suisse, explique Brady Dougan. «Que nous devions réduire le di­vidende ou augmenter le capital-actions n’a pas constitué un sujet dans la discussion.» D’où l’étonnement de l’Américain.

Un rapport contre-productif pour le président du PLR

Le président des libéraux-radicaux (PLR), Philipp Müller, a lui aussi critiqué le rapport de la BNS qu’il qualifie de contre-productif. Le conseiller national argovien reconnaît certes le manque de fonds propres des deux établissements. Mais l’avertissement lancé jeudi par la BNS a entraîné une «gigantesque perte de valeur boursière», déplore-t-il dans une interview parue dimanche dans l’hebdomadaire alémanique NZZ am Sonntag.

Une chute de cours, comme celle de l’action Credit Suisse jeudi, réduit aussi les fonds propres d’une entreprise, précise Philipp Müller. A ses yeux, il est difficile de comprendre pourquoi l’institut d’émission monétaire a agi de la sorte, en particulier sur la manière de communiquer le contenu du rapport.

Pour mémoire, l’action du numéro deux bancaire helvétique a lourdement chuté jeudi dans la foulée de la publication des considérations de la banque centrale. A la clôture, elle avait plongé de 10,5%, avant de reprendre 4,1% vendredi.