Il serait naïf de croire que le secteur bancaire reviendra rapidement au «business as usual» après une crise dont la durée et l'impact ont surpris les observateurs. Mais celle-ci offre aussi des opportunités aux banques bien capitalisées qui ont su limiter la casse - comme Credit Suisse... Tel est le message qu'a fait passer Brady Dougan, directeur général du groupe, venu jeudi et vendredi à Lausanne et Genève à la rencontre de clients, employés, «leaders d'opinion», membres de la chambre américano-suisse de commerce... et journalistes.

La première visite romande de Brady Dougan, qui a succédé en mai 2007 à Oswald Grübel, était attendue avec curiosité. Il s'y est montré plus décontracté que son prédécesseur, maniant un humour et une humilité de bon aloi par les temps qui courent.

Le 19 février, Credit Suisse annonçait des correctifs de valeur pour quelque 3 milliards de francs, une semaine seulement après des résultats annuels plutôt bons. Brady Dougan «espère qu'il n'y aura pas d'autres surprises de ce genre» et confirme que sa banque n'a ni besoin, ni l'intention de se faire recapitaliser. Elle ne se précipitera pas non plus pour racheter des établissements que la crise a rendus plus abordables. Les acquisitions seront «tactiques», priorité étant donnée à la croissance interne. «La meilleure opportunité aujourd'hui est de gagner des clients, dit Brady Dougan, la crise entraînant une fuite vers la qualité.»

Et de défendre le modèle de banque intégrée: «Au premier trimestre, 1,2 milliard de francs de revenus découlent des synergies entre divisions», ajoute-t-il. En 2007, elles représentaient plus de 15% du total, l'objectif est de les porter à 10 milliards en 2010.

Comment Credit Suisse a-t-il fait pour limiter la casse? La banque a pris les bonnes décisions de personnes dans certains secteurs à risques. Elle a su «agressivement» réduire ses positions fragiles au début de la crise, tout en évitant de les liquider à vil prix. Le contrôle des risques (à la fois interne et par le conseil d'administration), même s'il a eu des lacunes, a mieux fonctionné qu'ailleurs.

L'enjeu des bonus

Quant aux leçons à tirer de la crise, Brady Dougan estime que les autorités ont raison d'avancer prudemment, en collaborant avec le secteur, avant de multiplier les nouvelles règles. S'il est très difficile d'éviter les excès dans la finance, le fait de renforcer les exigences en matière de capitalisation et de gestion des liquidités réduira les conséquences de ces excès.

La question des bonus et des incitations joue aussi un rôle important - le patron de Credit Suisse a d'ailleurs été interpellé par des collaborateurs sur ce point. Sa banque «lisse» déjà les bonus sur plusieurs années, ce qui canalise la tentation du court terme. «Nous avons déjà fait des progrès, il faut continuer à améliorer ce modèle», dit-il, rappelant au passage que «nos employés ont payé un prix plus élevé que les actionnaires suite à cette crise. Cela montre que le système fonctionne.»

Enfin, sur les différentes affaires de chasse à l'évasion fiscale qui touchent UBS aux Etats-Unis et Credit Suisse au Brésil, entre autres, Brady Dougan reconnaît qu'«il y a manifestement une attention plus grande des Etats aux mouvements de capitaux transfrontaliers». Sa banque «s'efforce de se conformer à toutes les règles en vigueur et d'adopter les standards les plus élevés, même si des accidents peuvent survenir».