Une parcelle clôturée à plus de 3 mètres de haut, un sas à unicité de passage, cinq niveaux de confinement, du personnel de sécurité en permanence sur le site. Des génératrices et des turbos de la taille d’un tyrannosaure, un poste de transformation électrique, bienvenue dans les entrailles du centre de données de dernière génération. «Nous n’avons rien laissé au hasard», martèle Claude Gentile, directeur du développement de BrainServe.

Cette société fondée par deux ingénieurs de l’EPFL, Gabriel Boissonnard et Patrick Segu, a démarré ses activités commerciales en avril dernier. Son «data center», établi dans la couronne lausannoise, est déjà rempli à 60% avec une quinzaine de clients – sa capacité totale atteint 1000 racks (les fameuses armoires contenant les serveurs empilés). «Avec ce taux, nous sommes déjà positifs au niveau de l’EBITDA (résultat opérationnel avant dépréciation et amortissement), se réjouit le dirigeant, depuis le siège de la société, situé à proximité du bâtiment. Ce premier centre devrait être plein dès 2012.»

L’investissement dans ce bijou de sécurité – de quelque 50 millions de francs – a été rendu possible par l’arrivée de deux investisseurs privés basés à Genève, qui privilégient la discrétion.

En amont, l’implantation a été minutieusement étudiée selon divers critères. Ainsi, la société a choisi Lausanne car avec les règles de Bâle III, d’ici à quelques années, toute la place financière genevoise devra sécuriser ses données dans un site distant d’au moins 50 kilomètres. «Le secteur bancaire est pour l’heure notre plus grand pourvoyeur de revenus, précise Claude Gentile, même si nous avons également des multinationales dans notre portefeuille.» Ensuite, l’analyse de risques – un tel bâtiment ne peut être placé en bout de piste d’aéroport, ou dans une région sismique par exemple – combiné avec un énorme besoin de puissance électrique et de connectivité (le fait d’être relié en fibres optiques) a permis de trouver le terrain adéquat.

Ogre énergétique

«Bien sûr, nous sommes un ogre énergétique, notamment pour l’alimentation des machines et le refroidissement des salles. N’oublions pas qu’avec nos équipements de dernière génération, nous sommes plus efficients qu’une batterie de petites salles disséminées dans la ville, poursuit Claude Gentile, pour faire taire les habituelles critiques. Mais c’est vrai que le développement effréné de l’informatique ces dernières années a des conséquences.»

Entre 2005 et 2010, la consommation des data centers a progressé de 56% pour atteindre environ 275 milliards de kWh par an, soit entre 1,1 et 1,5% de la consommation électrique mondiale, selon l’étude de JG Koomey, professeur à l’Université de Standford et spécialiste mondial de cette question. BrainServe, qui emploie une petite vingtaine de collaborateurs, a la capacité de transformer 10 mégawatts d’électricité, soit la puissance moyenne nécessaire à une ville de près de 20 000 ménages. «Nous sommes les seuls à fournir de la haute densité en Suisse. Une concentration de supercalculateurs est possible en raison de notre gigantesque capacité de refroidissement», note le directeur. L’autonomie des génératrices permet un bon fonctionnement des installations de 80 heures, au bas mot.

En créant la société soeur BrainNetwork pour assurer les liaisons télécoms sur les derniers kilomètres – et ainsi éviter de se lier à un opérateur – la PME a clairement fait le choix de l’indépendance. «Et le jeu de la concurrence marche bien», estime Claude Gentile. BrainServe étudie déjà une possible extension du data center, sur une parcelle voisine de l’actuel et déjà aux mains de la société.