Conjoncture

Le bras de fer entre Barcelone et Madrid inquiète les marchés

Malgré des hauts et des bas, l’Ibex, l’indice phare de la bourse de Madrid, évolue à la hausse sur l’année. Les prévisions économiques pour l’Espagne restent aussi positives pour 2017

Dans un scénario extrême où la Catalogne deviendrait indépendante, une nouvelle crise de la dette serait inévitable en Espagne, voire en Europe. C’est l’avis du professeur Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Economics au sein de l’Université catholique de Lille. «La santé de l’économie espagnole est une préoccupation européenne, dit-il. De nombreuses banques de la zone euro sont exposées à la dette et une récession en Espagne affecterait leur rentabilité, ce qui ne serait pas sans conséquences pour les créanciers.» La dette publique auprès des banques étrangères s’élève à 126 milliards d’euros.

Ainsi Eric Dor craint que les mauvaises nouvelles ne viennent par le secteur bancaire espagnol qui serait encore fragilisé si l’incertitude politique devait se prolonger. «N’oublions pas que ce secteur a été sauvé par une aide européenne qui a servi à la restructuration et à la recapitalisation des banques, explique-t-il. Une fuite des capitaux les mettrait vite en péril.»

Banques françaises exposées

Selon l’Autorité bancaire européenne, ce sont les banques françaises qui sont les plus exposées à la dette publique et privée de leur voisin du sud, soit à hauteur de 111 milliards d’euros, suivies des allemandes qui comptabilisent 65 milliards d’euros de créances.

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La bourse de Madrid ne s’inquiète toutefois pas outre mesure des convulsions politiques liées au bras de fer entre la Catalogne et le gouvernement espagnol. Après l’annonce lundi de l’intention des indépendantistes de participer aux élections fixées par le premier ministre Mariano Rajoy, l’indice Ibex s’est même envolé, gagnant 2,3% dans un marché européen plutôt hésitant. Sur l’année, il a gagné 11,2%.

Selon Philippe Waechter, chef économiste du gestionnaire d’actifs Natixis Asset Management, la bourse espagnole a toujours parié sur le scénario selon lequel les indépendantistes réaliseraient que «se couper du marché unique et de l’euro n’était pas une option et que la solution la plus rationnelle serait de rester au sein de l’Espagne».

Reprise en péril

«Les investisseurs, tant financiers que ceux actifs dans l’économie réelle, restent tout de même sur leurs gardes, poursuit Philippe Waechter. L’incertitude ne concerne pas tant l’issue de la crise, mais sa durée. Ils peuvent surtout aller investir dans d’autres pays où le rendement est suffisamment attractif.» Selon lui, le risque est que la dynamique de la reprise, après une longue récession, soit mise en péril.

«La reprise est réelle même si elle a été réalisée au prix de la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs et d’un taux de chômage parmi les plus élevés en Europe, poursuit le professeur Dor. Parallèlement, les importations ont baissé alors que, grâce à un gain de productivité, les exportations ont augmenté. Par conséquent, le problème chronique du déficit commercial espagnol est sous contrôle.»

Dès 2014, l’économie espagnole a remonté la pente et a fini par renouer avec la croissance, retrouvant son niveau d’avant la crise. Dans ses prévisions de croissance publiées lundi, Madrid maintient son objectif de 3,1% de croissance pour 2017.

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Eric Dor affirme lui aussi que le temps presse pour trouver une issue à la crise entre Barcelone et Madrid. «Si l’incertitude se prolonge, le manque de confiance entraînerait inévitablement un ralentissement en Catalogne, en Espagne et dans la zone euro, dit-il. L’appel au boycott des produits catalans lancé ce week-end dans le reste du pays n’est pas de bon augure.» Dans l’Etat rebelle qui fournit 19% du PIB à l’économie espagnole, la Chambre du commerce de Barcelone a déjà prévu une contraction de l’activité pour 2017.

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