«On va tenir. Plusieurs semaines s'il le faut.» Regroupés par grappes à proximité de leurs machines à l'arrêt, les 350 employés de Swissmetal Boillat SA, à Reconvilier, sont déterminés. En grève depuis mardi matin et le licenciement d'André Willemin, le directeur industriel du site, ils n'ont qu'une idée en tête: infléchir la politique du CEO du groupe, Martin Hellweg, qu'ils accusent notamment de privilégier le site de Dornach (SO) au détriment de Reconvilier. Au point que beaucoup estiment que seul un départ du patron allemand permettrait de détendre la situation.

Comment en est-on arrivé là, alors même que la santé financière du groupe s'est améliorée ces derniers mois? Les interprétations divergent. Du côté de la direction, on souligne que les mesures de rationalisation prises depuis le mois de juin visent à assurer la pérennité du groupe, fortement menacé il y a encore quelques mois. Les représentants du personnel et les syndicats considèrent eux que le site de Reconvilier, spécialisé dans la production de barres de petit diamètre, est dans le viseur de la direction. Ils en veulent pour preuves le transfert de l'ensemble des services administratifs à Dornach et les licenciements successifs de trois cadres qui défendaient le renforcement parallèle des deux sites.

«Il s'occupe de tout»

«Il fallait dire stop, on a avalé assez de couleuvres, tonne un cadre, un drapeau du syndicat Unia sur l'épaule. La direction a commencé par priver le personnel de petits avantages, comme l'accès à de l'essence moins chère ou une aide pour payer les frais dentaires. Elle a ensuite mis en place sa nouvelle stratégie de rationalisation. Depuis, elle flexibilise tout ce qui peut l'être: des cadres administratifs qui ont refusé d'aller travailler à Dornach ont par exemple été placés sur des machines… Quand il n'y a plus de gras autour de l'os, on licencie. C'est la prochaine étape.»

Ces mesures suffisent-elles à justifier une grève? Pour les syndicats et les employés de Swissmetal Boillat SA, la question ne se pose pas. «Cadres et ouvriers ne sont en aucun cas des enfants gâtés, indique Fabienne Blanc-Kühn, secrétaire syndicale Unia-FTMH. Cela fait quatre ans qu'ils attendent une augmentation de salaire. Pour les remercier, on les met sous pression avec mesquinerie. Monsieur Hellweg a été très utile lors de la recapitalisation de l'entreprise (ndlr: 50 millions de francs ont été injectés au mois de juin), mais son management est inacceptable. Il s'occupe de tout, même du type de clou que l'entreprise doit acheter. Qu'il laisse cela aux spécialistes plutôt que de les licencier…»

Poumon économique

Un terrain d'entente sera difficile à trouver entre les deux camps. Martin Hellweg cristallise une telle animosité que le syndicat et les représentants du personnel refusent toute négociation en sa présence. Ces derniers, qui ont reçu mardi le soutien de la députation francophone au Grand Conseil bernois, de la mairie de Reconvilier et du syndicaliste et conseiller national jurassien Jean-Claude Rennwald, veulent rencontrer directement les membres du conseil d'administration.

Les tractations qui seront initiées dans ce sens aujourd'hui s'annoncent tendues. Pour cette troisième journée de mobilisation, les 2500 habitants de Reconvilier continueront à retenir leur souffle. Car «la Boillat» – qui fêtera ses 150 ans l'an prochain – ne fait pas seulement partie du patrimoine de la région. C'est aussi son poumon économique. Et chaque jour de grève lui coûte 300 000 francs.