Le ton monte chez Sabena à la veille de négociations cruciales. La direction a appelé jeudi le personnel à apporter un soutien sans équivoque au volet social du plan de redressement de la compagnie, au bord de la faillite. Ceci à quelques jours d'une assemblée générale des actionnaires, qui devra décider de la poursuite ou de la cessation de ses activités. Un appel entendu par les pilotes, qui refusent toutefois de négocier «le couteau sous la gorge» et réclament des garanties pour l'emploi.

Le directeur du transporteur belge a écrit aux 12 000 employés pour les appeler à apporter leur contribution au redressement de l'entreprise. Le programme d'économies Blue Sky et l'augmentation de capital décidée il y a dix jours par les deux actionnaires – l'Etat belge (50,5%) et SAirGroup (49,5%) – «sont absolument nécessaires» et constituent «le strict minimum pour survivre», affirme Christoph Müller, en concluant sa missive par un vibrant «battons-nous pour notre Sabena».

L'heure de vérité approche pour la compagnie, qui aurait perdu l'an dernier plus de 8 milliards de FB (304 millions de francs). Une assemblée générale extraordinaire des actionnaires a été convoquée le 8 février, comme le prévoit la loi belge lorsque les pertes opérationnelles d'une entreprise dépassent la moitié de son capital social. L'Etat belge et SAirGroup y confirmeront leur disponibilité à injecter respectivement 100 et 150 millions d'euros (152 et 228 millions de francs) dans la société sur deux ans. Mais à une condition: que les employés assument leur part du fardeau. Un accord sur les éléments essentiels de Blue Sky devra être trouvé d'ici là.

«Les actionnaires veulent un engagement ferme quant à la réalisation des objectifs de Blue Sky», a expliqué Christoph Müller. «Si la volonté y est, il y a moyen de s'en sortir», a-t-il lancé, en précisant que 120 personnes travaillent d'arrache-pied à la réalisation de ce programme lancé en septembre. Il porte sur 350 millions d'euros d'économies, dont 305 millions de mesures dites managériales (suppression de routes non rentables, développement des synergies avec SAirGroup, augmentation des tarifs,….) et un plan social de 52 millions (amélioration de la productivité, suppression de 600 à 700 postes, contre 450 à 500 prévus initialement).

Ce volet social passe également par la réduction des vols et accidents du personnel sur le tarmac, qui coûtent cher à la compagnie. Autre priorité: lutter contre l'absentéisme qui atteint «un taux à deux chiffres dans certaines unités», a révélé Christoph Müller, en se fondant sur les conclusions d'un audit indépendant sur la situation financière de l'entreprise. Un document confidentiel de 90 pages, remis mercredi à la direction et aux représentants du personnel.

Direction montrée du doigt

Selon les rares éléments que les deux parties ont consenti à rendre publics, aucun transfert anormal de fonds de Sabena vers SAirGroup n'a été décelé. C'est un revers pour les syndicats, qui accusent Swissair de dépouiller sa petite sœur belge de ses activités rentables (manutention, fret, services techniques, restauration à bord). Les experts sont en revanche très critiques avec la direction, qu'ils accusent «d'erreurs de gestion à tous les niveaux». Le Suisse Paul Reutlinger est montré du doigt pour sa politique d'expansion«effrénée»: il a piloté la compagnie entre 96 et 2000 et dirige les filiales françaises de SAirGroup (AOM, Air Littoral et Air Liberté).

Du pain béni pour les 1100 pilotes de Sabena, qui refusent d'être les victimes de fautes qu'ils n'ont pas commises. Alors que les représentants du personnel se font discrets depuis quelques jours, leur association est montée au créneau jeudi. «Nous sommes prêts à aider la compagnie, mais nous ne signerons pas un chèque en blanc», a averti l'un de ses porte-parole. Et de prédire qu'il sera «impossible» de conclure les négociations sur Blue Sky d'ici à la semaine prochaine.