Le poker financier continue entre l’Union européenne et les marchés. Côté pile, deux bonnes nouvelles ce mercredi: le Portugal, l’un des pays les plus fragiles de la zone euro, a réussi à lever comme prévu 1,25 milliard d’euros d’emprunts obligataires, surtout auprès des investisseurs internationaux. Un succès salué par les bourses européennes qui, toutes, ont nettement remonté dans la journée, à commencer par celle de Madrid (+4,5%). L’Espagne doit à son tour lever des capitaux jeudi. La bourse suisse a elle aussi clôturé en hausse marquée mercredi (+1,21%).

Coté face en revanche, le contentieux sur le Fonds européen de secours basé à Luxembourg (EFSF) a refait surface. Dans une tribune publiée ce matin par le Financial Times, le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn a publiquement défendu une augmentation des moyens et des compétences de ce fonds doté pour l’heure de garanties d’emprunts à hauteur de 440 milliards d’euros.

Une telle décision, souhaitée par les marchés, vise évidemment à permettre au mécanisme de faire face à un éventuel plan de sauvetage communautaire pour le Portugal et l’Espagne, sur le modèle de ceux concoctés pour la Grèce en mai 2010, et l’Irlande en décembre. Problème: l’Allemagne comme la France s’y sont déclaré opposées dans l’après midi.

«Il n’est pas sensé ni nécessaire de discuter d’un élargissement» de ce fonds, a déclaré Steffen Seibert, porte-parole d’Angela Merkel, qui doit composer avec une opinion publique réticente au sauvetage d’autres pays européens.

De son côté, la France a estimé que le sujet n’était pas à l’ordre du jour. Les capacités actuelles du fonds sont «suffisamment importantes pour répondre aux demandes», a dit le porte-parole du gouvernement. Avec des nuances toutefois: «On ne dit pas «jamais», nous ne sommes pas foncièrement opposés à un renforcement du fonds […] Mais sur ces sujets, il faut trouver le bon timing» car «cela peut aussi accréditer l’idée qu’il y a un besoin, alors qu’aujourd’hui ce besoin n’existe pas», a estimé de son côté l’entourage de la ministre des Finances Christine Lagarde.

Que va-t-il se passer dès lors? Sans doute une succession de discussions politiques au plus haut niveau dans les jours qui viennent.

Premier acte, le président de la Commission, José Manuel Barroso a donné à Bruxelles le coup d’envoi du «semestre européen», ce nouveau dispositif destiné à faire examiner par ses services les avants projets de budget des pays membres, pour formuler d’éventuels avertissements et recommandations.

Concrètement, les gouvernements seront tenus de suivre les recommandations de Bruxelles notamment dans la préparation de leurs projets de budgets 2012 au deuxième semestre de cette année. Le suspense demeure toutefois sur l’automaticité des sanctions en cas de dérapage, atténuée par les pays membres par rapport aux propositions initiales de l’exécutif communautaire mais que le parlement européen – co-décideur- va sans doute chercher à réinstaurer dans les négociations à venir.

Simultanément, la Commission va remettre l’accent sur le cadre macroéconomique indispensable au retour de la confiance dans la zone euro. Dans un rapport rendu public aujourd’hui, celle-ci exhorte les Etats-membres à faire beaucoup plus d’économies budgétaires par rapport à ce qui est prévu et à augmenter l’âge du départ à la retraite, afin de ramener «dans un avenir proche» les niveaux de dette publique des pays vers le seuil de 60% du PIB fixé par le pacte de stabilité. Le document plaide aussi pour «davantage d’efforts pour mettre fin aux dispositifs de mise à la retraite anticipée» des salariés, beaucoup trop coûteux pour les finances publiques. L’âge moyen de départ à la retraite au sein de l’UE se situait en 2008 à 61,4 ans, d’après des calculs récents de la Commission.

Le deuxième acte se déroulera dans les prochains jours. D’abord lors de la réunion des ministres de l’économie et des finances de la zone euro et de l’UE, les 17 et 18 janvier. Puis lors du prochain sommet des dirigeants de l’Union prévu à Bruxelles le 4 février. Bien qu’officiellement consacré aux questions énergétiques, ce sommet s’annonce en effet comme une nouvelle réunion au chevet de la monnaie unique, avant que les chefs d’Etat ou de gouvernement ne se retrouvent à nouveau en mars pour discuter des contours et des compétences du futur mécanisme permanent de secours qui verra le jour à partir de 2013.

L’une des options envisagées est une augmentation de la capacité d’emprunt de l’EFSF de 350 milliards d’euros. Ce fonds de secours, qui emprunte sur les marchés avec la meilleure note Triple A, n’est intervenu pour l’heure qu’en faveur de l’Irlande, pour un montant d’une vingtaine de milliards.

Une autre option envisagée est celle d’une mutualisation partielle des emprunts obligataires des Etats-membres, ouvrant ainsi la porte à la création d’euro-obligations proposées notamment par le premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker. Lequel s’exprimera ce mercredi soir à Zurich, lors d’un débat au Schauspielhaus face à Christoph Blocher.

L’idée, souvent évoquée, d’une procédure de défaut pour les pays les plus mal en point de la zone euro comme la Grèce a, en revanche, été de nouveau catégoriquement écartée par Olli Rehn mercredi: «Une telle restructuration de la dette aurait un effet si problématique de contagion sur la zone euro que nous ne voulons pas en arriver là. Ce n’est pas une route que nous souhaitons emprunter».