Feldschlösschen, premier brasseur en Suisse, réduit ses effectifs. Le groupe argovien racheté par le danois Carlsberg en novembre 2000, élimine 6% des postes d'ici au printemps prochain, soit 150 emplois en Suisse, dont 40 licenciements. Au niveau des marques, ces mesures ne concernent que les «articles secondaires» du brasseur.

Ainsi, son fleuron fribourgeois, la Brasserie du Cardinal, n'est pas touché. Au contraire, elle fait partie des «marques de notoriété nationale» sur lesquelles Feldschlösschen entend se concentrer, «au même titre que la Valaisanne, Arkina et les propres boissons du groupe», précise Stefan Kaspar, le porte-parole de Feldschlösschen. «Carlsberg a décidé de continuer à brasser à Fribourg même après 2004», a déclaré Dieter Zingg. Le directeur de la Brasserie Cardinal a ajouté que Carlsberg veut faire du site fribourgeois «la tête de pont» du groupe en Suisse romande.

En revanche, Feldschlösschen vise à réduire les produits au chiffre d'affaires marginal «tels qu'une eau minérale islandaise, ou les quelque 57 sortes de Tequila que nous distribuons», indique Stefan Kaspar. La réduction des effectifs concerne, elle, avant tout les cadres et la direction. Les ouvriers des sites de production de Fribourg, Sion (Valaisanne) ainsi qu'Yverdon-les-Bains (Arkina), ne sont en revanche pas touchés.

L'objectif de Carlsberg vise à «assurer la compétitivité et la rentabilité à long terme du groupe». Pourtant, ses affaires se portent globalement bien, si l'on se base sur les chiffres du premier semestre annoncés jeudi. Les ventes du fabricant de la bière Tuborg ont progressé de 13,6%, à 2,2 milliards d'euros. Quant à son bénéfice net, il affiche une hausse de 18,2% à 149,2 millions d'euros.

Selon une étude de la Régie fédérale des alcools, le marché suisse donnerait du souci aux brasseurs locaux. La liqueur forte gagnerait de plus en plus les faveurs des consommateurs helvétiques, aux dépens de la bière. Ce déplacement de la demande a été favorisé par la baisse des taxes à l'importation, intervenue le 1er juillet 1999, qui a ramené les prix de détail des spiritueux étrangers aux niveaux suisses. Résultat: alors que la consommation de bière en Suisse a reculé de 69,8 litres en 1999 à 57,8 litres en 2000, en moyenne et par personne, celle de la liqueur forte progressait de 3,6 à 3,9 litres. Stefan Kaspar admet que «sur les 11 dernières années, le volume de bière vendu a reculé de 18% en Suisse». Mais Konrad Studerus, directeur de la Société suisse des brasseurs, constate que le recul est général dans les pays développés.

Cela explique que Carlsberg se concentre sur les marchés émergents (Europe de l'Est, Malaisie), ainsi que sur ses voisins nordiques (Finlande, Norvège). En Pologne, cinquième marché d'Europe, Carlsberg a annoncé jeudi trois acquisitions: Bosman Browar et Kasztelan Browar. Elles viennent s'ajouter à Piast, dont Carlsberg contrôle près de la totalité. En fusionnant ces brasseries avec sa filiale polonaise Okocim, le groupe doublera sa part du marché à 16,2%, devenant troisième derrière ses rivaux néerlandais Heineken (30%), et sud-africain South African Breweries (29%).