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La fabrique de La-Chaux-de-Fonds

Horlogerie

Breitling n'aurait «clairement» pas pu être vendue à un groupe horloger, selon son propriétaire

CVC Capital Partners acquiert la majorité du capital d'une des dernières maisons horlogères suisses indépendantes. Dans un courrier adressé à ses principaux clients, son propriétaire Théodore Schneider donne quelques explications supplémentaires sur cette vente

L’une des dernières marques horlogères suisses indépendantes passe sous pavillon britannique. Quelque 80% des parts de Breitling, basée à Granges (SO) et exploitant une manufacture à La Chaux-de-Fonds (NE), ont été rachetés par le fonds d’investissement CVC, selon un communiqué publié vendredi par l’entreprise basée au Royaume-Uni.

«Je suis convaincu que CVC est le bon partenaire pour emmener Breitling au niveau supérieur», a commenté le discret homme d’affaires Théodore Schneider, propriétaire de la marque et désormais actionnaire à hauteur de 20%. Et d’ajouter, cité dans le communiqué, que «l’expertise, les succès et le réseau international de CVC vont aider à débloquer le potentiel complet de Breitling». Contacté, Théodore Schneider n'a pas souhaité commenter davantage cette vente.

«Décision pas facile à prendre»

Néanmoins, dans un courrier adressé notamment à ses principaux clients, et que Le Temps s'est procuré, il donne quelques explications supplémentaire à cette décision attendue dans le milieu. Une décision qui, de l'aveu même du principal intéressé, «après avoir oeuvré 28 ans à la tête de cette entreprise, n'a pas été facile à prendre».

«Jusqu'à aujourd'hui, le capital de Breitling SA était détenu par moi-même et par mes soeurs Catherine Brunisholz et Valérie Reboul-Schneider. Actionnaires minoritaires, ces dernières ont exprimé il y a déjà quelque temps leur désir de se retirer du capital», écrit-il.

Face à cette situation, «nous avons mis à l'étude différents scénarios permettant d'assurer non seulement la pérennité de l'entreprise mais aussi son développement futur (...) avec comme priorités celles de préserver les emplois en Suisse et à l'étranger et d'assurer la continuité de nos rapport». Théodore Schneider l'affirme: «Clairement, une vente à un groupe horloger n'aurait pas garanti ces exigences.» D'où la vente à CVC, «l'un des plus grands fonds de capital-investissement au monde», qui apporte la meilleure garantie pour le futur de Breitling, selon lui.

Jean-Paul Girardin désormais directeur général

Un seul changement majeur est attendu en termes d'organisation: la nomination de Jean-Paul Girardin à la tête de l'entreprise alors qu'il occupait jusqu'ici le poste de vice-président. «[Il] reprendra progressivement nombre de mes tâches et responsabilités attachées à la fonction de directeur général», écrit Théodore Schneider. Ce dernier assurera pour sa part la présidence du conseil d'administration.

Il insiste sur le fait que CVC «n'est ni concurrent ni même acteur de la branche». Et que son objectif est le même que l'équipe de Breitling: «développer la marque et passer à un échelon supérieur pour l'amener au niveau des plus grandes marques de notre industrie».

Potentiel de croissance «significatif»

Dans son communiqué officiel, CVC dit en effet voir un potentiel de croissance «significatif» dans Breitling «tant sur les marchés existants [ndlr: la marque est particulièrement présente aux Etats-Unis] que sur des nouveaux marchés», selon Daniel Pindur, directeur chez CVC.

Selon son site Internet, CVC est un fonds qui a déjà investi quelque 71 milliards de dollars. Au total, le groupe a placé son argent dans quelque 50 sociétés autour de la planète. Elle est présente dans des secteurs aussi divers que les logiciels informatiques (Avast, en République Tchèque), les infrastructures ferroviaires (Delachaux, en France) ou la loterie (Magnum, en Malaisie). En Suisse, l’entreprise s’était notamment fait connaître en achetant Sunrise en 2010 pour le revendre cinq ans plus tard après deux restructurations.

150'000 pièces par année

Selon l’agence Bloomberg, cet achat valoriserait la société à quelque 800 millions d’euros. Si la transaction est validée par les autorités de la concurrence concernées, la vente devrait intervenir au courant du mois de juin. Breitling ne publie traditionnellement aucun résultat mais Bloomberg croit savoir qu'elle a réalisé un chiffre d'affaires de 420 millions de francs l'an dernier.

Comme elle fait certifier 100% de ses mouvements au Contrôle officiel suisse des chronomètres (COSC), l'on sait qu'elle produit un peu moins de 150'000 pièces par année. Contactée vendredi, l'entreprise n'a pas souhaité faire de commentaires sur cette vente.

Rachetée en 1979 par la famille Schneider

La marque avait été rachetée en 1979 par le Fribourgeois d'origine Ernest Schneider. Alors que Breitling était sur le point de déposer le bilan, il avait réussi à la relancer en capitalisant notamment sur l'histoire de la marque au B ailé et fondée en 1884 à St-Imier (BE). Décédé en mai 2015, il avait cédé ses parts à ses trois enfants. Théodore en avait officiellement pris les commandes. 

Aux côtés de Patek Philippe, Chopard ou Audemars Piguet, Breitling figurait parmi les dernières marques horlogères importantes encore en mains familiales. Le rachat d'Ulysse Nardin par le groupe français Kering en 2014 était jusqu'à ce vendredi le dernier chapitre de la consolidation de l'industrie horlogère suisse symbolisée par la montée en puissance des groupes Swatch et Richemont. «Les manufactures indépendantes sont rares, c’est une opportunité que nous nous devions de saisir», commentait alors François-Henri Pinault, patron de Kering. Désormais, le paysage horloger suisse compte encore une opportunité de moins. 

Lire aussi: Des rumeurs sur la vente de Breitling refont surface (29.11.2016)

L’interview du vice-président Jean-Paul Girardin: «Breitling se porte bien en Suisse, malgré le franc fort»

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