Al'heure où la récession guette le Brésil, le président Lula assouplit enfin l'orthodoxie monétaire. Hier, la banque centrale a baissé son taux directeur, passé de 26 à 24,5% à l'an. Ce taux avait gagné 1,5 point depuis l'arrivée de Lula au pouvoir, le 1er janvier, et 8,5% depuis novembre, au nom de la lutte contre l'inflation. Le remède a agi. Les prix sont désormais en baisse.

Timidement entamée en juin (-0,5point), la baisse du taux d'intérêt est appelée à se poursuivre, selon le président. De quoi apaiser un peu patrons et syndicats, qui dénoncent sa politique, comme le font les intellectuels de gauche proches du Parti des travailleurs, dont Lula est le chef historique.

Jusqu'ici, le premier président de gauche du Brésil s'est plié, avec le soutien du Fonds monétaire international (FMI) – qui ne tarit plus d'éloges sur ce «socialiste mûr» –, à une austérité monétaire et fiscale plus sévère encore que celle de son prédécesseur. «Lula n'avait pas le choix, plaide l'économiste Carlos da Costa. Il devait gagner la confiance des marchés qui étaient atterrés à l'idée de voir arriver la gauche au pouvoir. Il y est parvenu.»

Croissance en berne

La crise spéculative, qui avait failli acculer le Brésil au moratoire, appartient désormais au passé. Le risque Brésil, baromètre de la confiance de ses créanciers, est tombé à un peu plus de 700 points (contre 2400 avant l'élection). Après avoir cédé 40% face au dollar, le real se refait une santé, en raison du flux de capitaux spéculatifs attirés par un taux directeur élevé, qui a également permis de maîtriser l'inflation. Bref, Lula a «rangé la maison», comme il dit. Mais seuls les marchés financiers et le FMI ont applaudi. Car l'activité économique paie un lourd tribut à l'assainissement des indicateurs financiers.

Le gouvernement a baissé à 1,8% sa prévision de croissance pour cette année. Mais on parle déjà d'une décélération de 0,9% entre avril et juin. «Nous sommes en récession, juge da Costa. Et sans les exportations, dopées par la dévalorisation du real, et la production agricole record, ce serait pire encore.»

En cause, le coût exorbitant du crédit, qui suit la courbe du taux directeur mais l'excède de très loin. C'est lui qui plombe la consommation, déjà en recul à cause de l'érosion du pouvoir d'achat. C'est encore lui qui obère la production industrielle, qui a cédé 4,1% entre janvier et avril, par rapport à la même période de l'an dernier. Résultat: le chômage, qui a explosé dans la décennie écoulée, est en hausse continue et atteint désormais 13%, soit 600 000 personnes de plus en six mois de Lula. Dans le Grand São Paulo, le poumon économique du pays, son taux est de 20,6%, un record depuis 1985. Le secteur automobile, dont les ventes ont chuté de 8,2% depuis janvier, est particulièrement touché. Volkswagen vient d'annoncer son intention de licencier près de 4000 employés. De son côté, le président de Renault, Louis Schweitzer, a affirmé au quotidien La Tribune que son groupe «perd beaucoup d'argent au Brésil» et qu'il ne voit «aucune issue pour le moment». Le constructeur et quatre de ses concurrents ont d'ailleurs donné provisoirement congé à une partie de leurs effectifs.

Les Brésiliens ne sont plus aussi sûrs que Lula pourra réduire le chômage. Mais le président, qui promet «un spectacle de la croissance» dans la foulée de l'assouplissement de la politique monétaire, est toujours aussi populaire. Sauf auprès de l'une de ses principales assises électorales, les fonctionnaires publics, entrés en grève, depuis le 8 juillet, contre la réforme qui prévoit la baisse de leurs retraites.