Le Brésil a beau être «l’un des pays les mieux préparés» pour faire face aux risques de contagion de la crise de la zone euro – dixit Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international (FMI) –, il n’en sortira pas indemne. Publié mardi, le produit intérieur brut du troisième trimestre a stagné. Le gouvernement a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2011, ramenées de 3,8 à 3,2%. Les experts sont moins optimistes.

Si la décélération paraît découler des mesures prises au début de l’année pour freiner l’inflation, la crise des dettes souveraines européennes est également pointée du doigt. «La courroie de transmission n’est pas tant les exportations, tirées par la Chine (ndlr: premier partenaire commercial du Brésil), mais plutôt la restriction du crédit sur le marché international, explique l’économiste Joaquim Eloi Cirne de Toledo. Les entreprises ont dû suspendre des investissements.»

Prévoyant une aggravation de la crise européenne, la Banque centrale brésilienne a déjà baissé trois fois de suite son taux directeur depuis le mois d’août. La présidente Dilma Rousseff mise sur le marché intérieur pour amortir le choc: elle vient d’annoncer une baisse de la fiscalité sur certains produits de consommation et sur les placements en bourse, afin d’encourager l’investissement étranger.

Plus de pouvoir au FMI

Pour le Brésil, l’affaiblissement de l’Europe est aussi l’occasion de revendiquer plus de pouvoir au sein du FMI. C’est à cette condition que Brasilia acceptera de faire un nouvel apport au Fonds, a martelé, la semaine dernière, le ministre des Finances, Guido Mantega, à Christine Lagarde, venue sonder les intentions du pays.

Pour sa part, Dilma Rousseff ne cache pas son impatience face à une supposée lenteur de l’Europe à trouver une solution. Ni son désaveu des plans de rigueur proposés. «Notre expérience montre que les ajustements budgétaires extrêmement récessifs ne font qu’aggraver la conjoncture et le chômage, a-t-elle déclaré. On pourra difficilement sortir de la crise sans relancer la consommation et l’investissement.»

Le compromis trouvé lundi entre le président français et la chancelière allemande, qui renforce l’austérité budgétaire dans la zone euro, ne devrait donc pas trouver grâce à ses yeux. Pour l’économiste Cirne de Toledo, cet accord est voué à l’échec. A ses yeux, la solution à la crise, c’est l’euro-obligation, écartée par Paris et Berlin. Elle «serait émise par une entité unique et offrirait un seul taux d’intérêt indépendamment de la situation des finances publiques de chaque pays, explique-t-il. C’est ainsi que le gouvernement fédéral du Brésil est venu à bout de la crise de la dette des Etats fédérés.»