La crise est loin d'être finie. Mais carnaval oblige, le Brésil connaît maintenant sa semaine de trêve: le pays entier est paralysé et, pour une fois, le gouvernement est bien heureux de profiter de ce répit. Il entend préparer avec un peu de recul les nouvelles directives de la politique économique, car plusieurs problèmes l'attendent à la «rentrée».

L'inflation menace de reprendre. Les prix ont augmenté de 1,2% en un mois et les spécialistes prévoient un taux d'au moins 10% pour 1999. Car la valorisation du dollar surenchérit les biens importés. A leur tour, les fabricants repassent cette augmentation aux consommateurs. La semaine dernière, les prix du matériel électroménager avaient subi une hausse de 30%. Les premières demandes d'ajustement des salaires sont déjà apparues. Or, cela signerait le retour de la spirale inflationniste qui, pendant trente ans, a désarticulé l'économie locale.

La question de la dette des Etats n'est pas réglée. Même si après des semaines d'affrontements entre les six gouverneurs d'opposition et le gouvernement, on s'achemine vers une solution négociée. Certains Etats devraient obtenir un rééchelonnement de leurs créances. Mais cela obligera le gouvernement à promouvoir des coupes encore plus drastiques dans les finances publiques.

Barrières tarifaires

D'autant plus que les effets positifs de la dévaluation semblent mis en cause. Le Brésil doit déjà faire face à l'opposition des pays du Mercosur et même des Etats-Unis. Ils ont annoncé vendredi une surtaxe qui variera de 25 à 80,4% sur l'acier brésilien, officiellement pour cause de dumping.

En réalité, les Américains voulaient imposer cette taxe depuis des mois et ont profité de la dévalorisation pour la justifier. «Nous sommes révoltés contre cette mesure injuste. L'acier brésilien est produit par le privé et non par une société nationalisée. Il n'y a pas de subventions et encore moins de dumping. Nous sommes simplement compétitifs», a réagi Marco Polo, le directeur de l'Institut brésilien de la sidérurgie. Les fabricants comptent d'ailleurs porter plainte auprès de l'OMC.

De son côté, l'Argentine menace elle aussi d'imposer des barrières tarifaires aux produits brésiliens. Sous une pluie torrentielle de l'été austral, les présidents argentin et brésilien se sont rencontrés vendredi près de São Paulo pour tenter de remettre à flot le Mercosur, le marché commun des pays du cône sud (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Les Argentins se montrent particulièrement inquiets, car le Brésil est depuis 1995 son premier marché d'exportation, et compte pour un tiers de ses recettes.

Pour calmer son partenaire, le président Cardoso a dû agir plus vite que prévu. Le gouvernement brésilien va donc supprimer le Proex, plan d'aide aux exportations de biens de consommation dans le Mercosur, en vigueur depuis 1995.

Côté brésilien, la nouvelle a été bien accueillie. «Notre objectif n'est pas d'envahir l'Argentine avec nos produits. Nous préférons maintenir le Mercosur», estime Roberto Gianettei, de la Fondation du centre d'études du commerce extérieur.

Pour l'instant, les importations de produits brésiliens ont même chuté de 25% par rapport à décembre. Il est vrai que les effets de la dévaluation devraient se faire sentir dans les prochains mois. «Nous devrons alors évaluer combien de temps les secteurs les plus touchés pourront tenir», a déclaré, Alejandro Mayoral, de l'Union industrielle argentine. «Il n'est pas question d'enterrer le Mercosur… ni l'Argentine.»

Le Mercosur, une priorité

Officiellement donc, en dépit des tensions, le Mercosur reste une priorité. Les deux présidents ont même proposé l'accélération des processus d'intégration, avec notamment la libéralisation des services et l'adoption de politiques macroéconomique communes.

Car, pour l'instant, le Brésil, poids lourd de la région, impose son rythme. Lorsqu'il croît, il accepte de «subventionner» le Mercosur, en important énormément de produits fabriqués par ses voisins. Mais lorsque la manne (due à la surévaluation du real) s'assèche, le bloc entre en récession.

Pour stabiliser les économies de la région, les Argentins proposent l'adoption d'une monnaie commune, le dollar.

Or pour la première fois, le président Cardoso a admis, dans une interview au Clarin, journal de Buenos Aires, une possible dollarisation du Brésil, à moyen terme.