Le président brésilien, Luis Inacio Lula da Silva, vient d'autoriser la commercialisation, sur les marchés interne et étrangers, de la récolte de soja transgénique, pourtant considérée comme illégale. Depuis 1998, une décision de justice, rendue en faveur de l'Institut de défense du consommateur (Idec) et de Greenpeace, interdit en effet la culture et la commercialisation d'OGM (organismes génétiquement modifiés) au Brésil, tant que leur innocuité pour l'environnement n'est pas scientifiquement prouvée.

Toutefois, désireux de baisser leurs coûts et d'accroître leur compétitivité, bien des producteurs, grands et petits, utilisent les OGM – importés illégalement –, surtout dans la culture du soja, dont le Brésil est le second producteur et exportateur mondial.

Selon le Ministère de l'agriculture, 8% de la récolte totale de soja, estimée cette année à 51 millions de tonnes, est de type transgénique. Face à ce fait accompli, et alors qu'approchait la cueillette, l'incertitude a pesé pendant des semaines. Que faire d'une récolte certes illégale, mais estimée à un milliard de reais?

Nourriture du pauvre

Le président, tout comme sa ministre de l'Environnement, Marina Silva, est favorable à l'interdiction des OGM jusqu'à preuve de leur innocuité. Mais cette position n'est pas partagée par le ministre du Développement, Luiz Fernando Furlan, ex-PDG de l'une des plus grandes entreprises brésiliennes d'agroalimentaire, et par celui de l'Agriculture, Roberto Rodrigues, ex-président d'une association d'industriels de l'agribusiness. Sans parler des associations de producteurs, qui réclament la libéralisation des OGM.

Lula a fini par céder aux pressions. Une défaite pour Marina Silva, qui voulait que la récolte illégale soit écoulée sur le seul marché étranger (dans les pays qui acceptent les transgéniques). «Il a agi en homme d'Etat, défend Carlos da Costa, économiste. Pour beaucoup de producteurs, les OGM sont une question de survie. Et de leur survie dépend aussi celle de millions de travailleurs. De plus, le soja sert de base à la nourriture du pauvre. Or, au moins 30% des Brésiliens sont pauvres. Et ils sont disposés à courir le risque de consommer des OGM, pour pouvoir manger. Le Brésil est le seul pays de la région à bannir les OGM, mais c'est un luxe qu'il ne peut pas se permettre.» Reste que l'autorisation ne vaut que pour la récolte actuelle. L'interdiction des OGM sera rétablie dès l'an prochain. L'Idec a toutefois dénoncé un «précédent grave» et fait savoir qu'il allait intenter une action en justice.