Après plusieurs mois de relative tranquillité, du moins sur le plan international, le Brésil fait à nouveau les gros titres des journaux. Moins d’une année après la destitution de Dilma Rousseff, l’évolution politique de la première économie d’Amérique du Sud a affolé les marchés financiers suite à de nouveaux soupçons de corruption au sein du gouvernement. Pour résumer, l’actuel président, Michel Temer, est suspecté d’avoir acheté le silence de l’ancien président de la Chambre basse du parlement brésilien, Eduardo Cunha, concernant le scandale de corruption du groupe pétrolier d’Etat Petrobras.

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Au cours des derniers mois, la situation politique brésilienne est passée largement sous le radar des investisseurs. L’accession à la présidence de Donald Trump et la montée des peurs protectionnistes en Europe sont restées au centre de l’attention, faisant oublier les développements politiques locaux dans les pays émergents.

Dépréciation du réal

En réaction à ces révélations, le réal brésilien s’est fortement déprécié pour atteindre 3,41 réals pour 1 dollar américain, comparé au niveau de moins de 3,10 quelques jours auparavant. L’indice Bovespa de la bourse de São Paulo a quant à lui décroché de plus de 10% en une journée, alors que les investisseurs empochaient les profits engrangés pendant l’année (+85% en 2016, sans prendre en compte l’effet de change). Dans un tel contexte, cette réaction des marchés est-elle justifiée?

Du côté des fondamentaux, la situation n’est plus aussi catastrophique qu’en 2015 puisque l’économie brésilienne, bien que toujours convalescente, s’extirpe doucement de la récession. Les intervenants internationaux se sont d’ailleurs à nouveau laissé tenter par les excellents rendements disponibles au sein de la septième économie mondiale. Les mesures de rigueur imposées par le gouvernement de Michel Temer, qui ont pour but de combler des finances publiques déficitaires, ont rassuré les marchés.

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Contrairement à l’ex-présidente Dilma Rousseff, l’actuel président est adepte d’une ligne plus dure et préconise des mesures d’austérité drastiques, n’hésitant pas à geler les dépenses publiques sur des décennies et à réformer durement le régime des retraites. De ce point de vue, la situation est plus rassurante pour les investisseurs que pour la population locale, qui subit ces réformes de plein fouet.

Une économie en voie d’amélioration

Les dernières tendances laissent espérer une amélioration générale, même si rien ne permet de céder à l’euphorie. En effet, après s’être repliée de 5,8% durant le dernier trimestre 2015 (en glissement annuel), l’économie brésilienne s’est quelque peu reprise en se contractant «seulement» de 2,5% l’an dernier. Le solde primaire des administrations publiques, qui exclut les intérêts versés sur la dette et les revenus d’actifs financiers, s’est révélé pire qu’attendu au mois de mars avec un déficit de 11 milliards de réals (environ 3,4 milliards de dollars).

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Du côté de l’inflation, la banque centrale brésilienne (BCB) semble avoir réussi à juguler les pressions exacerbées par une monnaie qui a perdu 80% de sa valeur contre le dollar américain en l’espace de deux ans. L’augmentation rapide du taux directeur, le Selic, qui a culminé à 14,25% en 2016, a permis de ramener l’inflation annuelle à 4,1% en avril dernier, contre 9,3% douze mois plus tôt. Cette évolution positive a permis à l’institution monétaire de rapidement redonner de l’oxygène à l’économie puisque le Selic a pu être abaissé à 11,25% à ce jour.

Freins à une reprise rapide et durable

En dépit de ces bonnes nouvelles, tout n’est pas rose puisque la rapide montée du chômage et la forte contraction du crédit ont mis un frein significatif à une reprise rapide et durable. En effet, le chômage a presque doublé, passant de 7,4% en décembre 2015 à 13,2% en mars dernier. Naturellement, la consommation des ménages s’est en trouvée fortement malmenée, traduisant la forte pression sur les salaires et le resserrement du crédit.

Malgré des progrès significatifs, la situation économique reste très incertaine, puisque hautement corrélée à l’évolution de la situation politique locale. De plus, l’attrait des investisseurs et des spéculateurs pour les hauts rendements proposés par les actifs brésiliens a tendance à exacerber la volatilité en période d’incertitudes croissantes. Les prochains mois seront cruciaux puisqu’une reprise de la consommation des ménages est plus que nécessaire pour inscrire cette reprise économique dans la durée. Une nouvelle crise politique ne ferait que retarder ce processus.


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