Un an après avoir déraillé, quand sa monnaie, le real, fut dévaluée, la locomotive économique de l'Amérique du Sud retrouve la voie de l'optimisme. Le flux des investissements directs n'a jamais été aussi intense qu'en 1999: 45 milliards de francs suisses, contre 38,8 milliards en 1998 et 25 milliards en 1997.

Le représentant d'une banque étrangère à São Paulo ne s'étonne pas d'un tel afflux de devises étrangères: «Les multinationales ayant acquis des compagnies brésiliennes ont dû investir davantage que prévu dans la modernisation de leurs installations déliquescentes.» Electricité, transports, télécommunications: l'infrastructure se trouvait à bout de souffle et s'avère insuffisante alors que le Brésil – autre bonne nouvelle – s'apprête à reprendre le chemin de la croissance (hausse du PIB de 0,4% en 1999 et de 3 à 4% cette année).

«La dévaluation rend les entreprises brésiliennes plus attrayantes», observe le délégué général de Saint-Gobain, Jean-Claude Breffort.

Les Européens à l'assaut

Les Européens redoublent d'agressivité, plus particulièrement les Espagnols. En vedette: Endesa et Iberdrola, géants de l'énergie électrique, et Telefonica dont les investissements s'élèveront à 7,5 milliards de francs ces deux prochaines années.

Par ailleurs, le Brésil commence à allécher les compagnies actives dans le secteur de l'information, comme en témoigne l'offensive d'America Online (AOL) qui va investir dans le principal pays sud-américain 40% des 300 millions de francs nécessaires à la conquête de l'Amérique latine.

Faible déficit

Cette année, les analystes tablent sur des investissements directs de 39 milliards de francs.

Une fois de plus, de telles rentrées d'argent seront suffisantes pour compenser le déficit des comptes courants, lequel a atteint 36,6 milliards de francs en 1999, le plus faible depuis 1996.

Inflation maîtrisée, rééquilibrage de la balance commerciale, effervescence des bourses de valeur, real reprenant du poil de la bête… le Brésil surprend par sa capacité à se sortir à une vitesse extrêmement rapide du pétrin dans lequel le pays se trouvait voilà encore en an. «Mais pour qu'il suscite un enthousiasme durable chez les investisseurs, encore faudrait-il que le Parlement vote rapidement la réforme de la fiscalité», prévient un banquier.