Commerce

Le Brésil, une terre promise difficile à cultiver

L’économie du poids lourd sud-américain se redresse. Mais une législation complexe, la bureaucratie et les différences culturelles sont des obstacles à ne pas négliger. Et l’élection présidentielle d’octobre amène beaucoup d’incertitude

Le Brésil va mieux. Malgré un taux de chômage de 12,8% l’an dernier et un revenu moyen par habitant en chute libre, l’économie du géant économique sud-Américain s’est redressée en 2017, après trois années consécutives de baisse de croissance. Et en dépit de l’instabilité politique du pays, l’heure était à l’optimisme, lors d’un après-midi de conférences qui s’est tenu jeudi à la Webster University Geneva.

«Après la pire récession de notre histoire, le produit intérieur brut a augmenté de 1% en 2017», a lancé Susan Kleebank, la Consule générale du Brésil à Genève, devant une cinquantaine d’entrepreneurs réunis sur le thème «Doing business in/with Brazil». Les prévisions de croissance sont de l’ordre de 2 à 3% pour 2018 et l’inflation est sous contrôle.

Accord de libre-échange en négociation

Premier partenaire commercial de la Confédération en Amérique latine, le Brésil a importé l’équivalent de 2,2 milliards de francs de produits suisses en 2017, provenant essentiellement des industries pharmaceutique et chimique. Quant aux exportations, elles se sont élevées à 1,1 milliard de francs (métaux précieux et produits agricoles principalement). Le nombre d’employés d’entreprises helvétiques au Brésil, environ 67 000, souligne également le poids de l’économie suisse dans ce pays.

Les négociations se poursuivent pour signer un accord de libre-échange avec le Mercosur, la communauté économique regroupant le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. «La conclusion de cet accord contribuerait à intensifier encore le volume de nos échanges et à nous rapprocher de ce relais de croissance de premier plan», note Vincent Subilia, directeur adjoint de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève.

De nombreux risques

«Les risques sont nombreux, nuance cependant Dominique Jolly, professeur à la Webster University Geneva et co-organisateur de la conférence. Le problème numéro un reste les écarts de revenus, traduits par un coefficient de Gini très élevé: il se monte à 52 au Brésil, tandis que les pays européens se situent entre 28 et 37.» L’élection présidentielle brésilienne, en octobre prochain, ajoute à l’incertitude. Un candidat d’extrême droite est en deuxième position dans les sondages, derrière Lula da Silva, actuellement en détention dans le cadre de l’opération anticorruption «Lava Jato».

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De plus, si la réglementation du pays s’est assouplie, sa fiscalité reste complexe. «Le Brésil est l’un des pays où préparer la déclaration d’impôts d’une entreprise prend le plus de temps», a rappelé Kevin Kienast, du Secrétariat d’État à l’économie (SECO). La Banque mondiale estime cette durée à 2000 heures, trente fois plus qu’en Suisse. Le système d’imposition est complexe, avec plusieurs taxes indirectes. Un dialogue avec les autorités avant la taxation est presque impossible, souligne Eric Duvoisin d’Ernst & Young. En revanche, les litiges sont fréquents et très longs.

Un traité de double imposition a été signé le 3 mai et pourrait être ratifié dès 2021-2022, selon une estimation du consultant, mais il la qualifie lui-même d’optimiste: «Cela pourrait prendre jusqu’à dix ans.»

Ecarts culturels

En effet, le rythme et les méthodes de négociation ne sont pas les mêmes au Brésil. Les relations d’affaires se font entre personnes, et non entre sociétés. L’engagement n’a pas le même sens: «Un oui ne veut pas forcément dire oui», a rappelé Mariana De Carli, de Procter & Gamble. Et comme l’a relevé l’avocat Leandro Barros Pereira, «le rythme des affaires est beaucoup plus lent qu’en Suisse, en Autriche ou en Allemagne. On n’imagine pas que créer une entreprise puisse prendre plus de cent jours.» Si l’optimisme est de mise, la formule «Brazil is not for beginners» (le Brésil n’est pas pour les débutants) reste de rigueur.

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