La chronique des changes

Brève période d’accalmie

Ma chronique de la semaine passée envisageait la possibilité pour le dollar (USD) de continuer sa percée après les très bons chiffres de l’emploi aux Etats-Unis communiqués vendredi dernier, chiffres qui ont finalement amené le marché à parier sur un net avancement de la date pressentie du premier relèvement de taux par la Réserve fédérale américaine. Or, c’est tout le contraire qui s’est produit: l’envolée du dollar est retombée et le puissant billet vert a atteint sa pire performance des derniers mois, un coup de frein à l’appréciation de cette monnaie pour lequel je ne trouve aucune explication. Après la plus forte progression du dollar depuis 2008, il se pourrait qu’il s’agisse tout simplement d’une forme d’épuisement temporaire de la tendance suite au tarissement des afflux de capitaux spéculatifs fébriles. Par ailleurs, quelques autres paramètres négatifs sont venus s’ajouter aux récentes inquiétudes quant à un éventuel essoufflement de la reprise aux Etats-Unis.

Si l’on observe le calendrier et les différentes options de l’actualité à venir, nous pourrions nous attendre à une brève période d’accalmie sur les marchés des changes (ce qui pourrait également signifier que le dollar échoue sur la voie de la reprise, bien que je sois convaincu qu’il finira par réussir).

Une issue «positive» pour la Grèce avec un geste amical des deux côtés vers une nouvelle voie pour les finances grecques pourrait être le premier écart. Il semble que le marché soit plus enclin à exprimer sa réaction à l’actualité grecque via les actifs grecs et l’euro qu’en pariant sur des risques de contagion systémique aux obligations du Portugal ou d’autres pays de la périphérie, par exemple. Il faut donc être attentif à la forte volatilité potentielle de l’euro et, surtout, au taux de change euro/franc suisse à mesure que la situation s’éclaircit, si c’est le cas.

Par ailleurs, le taux dollar/yen est nettement retombé de ses sommets du milieu de la semaine dernière après que des sources proches de la Banque du Japon (BoJ) ont suggéré que ses membres s’inquiétaient des effets de l’affaiblissement du yen sur les dépenses des ménages, tout en n’étant pas favorables à de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire. Ajoutées à cela, des élections locales se tiendront au Japon en avril et la faiblesse du yen est impopulaire parmi de nombreux électeurs, cette dernière étant responsable de l’impact négatif sur le pouvoir d’achat des ménages de la classe moyenne.

Enfin, le Nouvel An chinois est tardif cette année (19 février). Une grande partie de la Chine sera en vacances pendant deux semaines. Compte tenu des signes de tension majeure de l’économie chinoise et de la poussée des risques de déflation selon les derniers indicateurs, la pression visant à désarrimer le yuan chinois d’un dollar fort est de plus en plus vive. Il semble toutefois peu probable que les pouvoirs publics chinois agissent en ce sens avant – au moins – la fin des célébrations du Nouvel An.

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank