Avec le déclenchement la semaine passée de l’article 50, le processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est bel et bien enclenché: un élément de plus qui rappelle aux investisseurs à quel point ils ne peuvent ignorer le risque politique. Et comme tout élément intéressant le marché, le risque politico-économique a son indice: l’Economic Policy Uncertainty Index, calculé au niveau mondial et pays par pays sur la base de plusieurs critères, dont l’analyse des articles de presse traitant de l’incertitude économique, mais aussi par le relevé des désaccords existant entre les prévisionnistes économiques.

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Après avoir enregistré un record fin 2016, cet indice a légèrement reflué en février, notamment en France. Ce recul est confirmé par un autre indicateur: l’écart de volatilité implicite entre France et Allemagne sur les options à 90% de la monnaie! Cette notion est peut-être aussi claire pour vous que le marc de café des diseuses de bonne aventure, mais voici l’explication qu’en fait Lazard Frères Gestion: «Pour résumer, cet indice mesure combien les investisseurs sont prêts à payer en plus pour se protéger contre le risque d’une forte baisse du CAC 40 par rapport au DAX.» Plus cette mesure est élevée, plus le marché craint un décrochage boursier de la France par rapport à l’Allemagne: or, cet indicateur a fortement reflué ces dernières semaines après un net pic d’inquiétude tout début mars.

Susciter les craintes des épargnants

Certes, comme le révèle un récent sondage Odoxa-LinXea-Les Echos, le scrutin présidentiel continue d’inspirer des craintes aux épargnants français, la principale étant celle de voir Marine Le Pen remporter l’élection. Et certains ne se privent pas d’agiter le chiffon rouge, comme les analystes d’UBS, qui ont publié cette semaine une note visant à chiffrer les conséquences d’une victoire de Marine Le Pen sur les marchés actions de la zone euro: leur hypothèse pourrait se traduire par une baisse allant jusqu’à 35%. Au vu des sondages, la probabilité d’un tel scénario reste cependant très faible et certains esprits chagrins ne manqueront pas de noter qu’UBS a un certain intérêt à cultiver l’incertitude, ses activités de courtage se nourrissant du fait que les investisseurs changent d’avis et donc effectuent des transactions.

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Toujours est-il que l’inquiétude ne s’est pas propagée la semaine passée: hésitant lundi, le CAC 40 a ensuite enchaîné trois séances modérément haussières pour venir marquer jeudi un nouveau record annuel en séance, à 5090,92 points. Un élément intéressant s’est confirmé ces jours: c’est généralement dans l’après-midi que se dessinent les hausses. De là à penser que ce sont les Américains qui achètent des actions européennes, il n’y a qu’un pas.

Les chiffres publiés par iShares sur la base des flux d’investissements constatés sur les ETF, ces fonds indiciels utilisés par les investisseurs pour allouer rapidement des capitaux, confirment que la perception des actions européennes s’est améliorée. «Sur la semaine du 20 au 24 mars, les flux ont été négatifs de 2,6 milliards de dollars sur les actions américaines, alors que les investisseurs ont réalloué 1,8 milliard de dollars aux actions européennes via les ETF», indique Benoît Sorel, directeur iShares pour la France, la Belgique et le Luxembourg.

L’inflation pourrait repartir

Alors que l’échéance politique néerlandaise n’a pas consacré le succès de l’extrême droite, que Marine Le Pen n’effectue pas de percée décisive dans les sondages et que le mouvement Alternative für Deutschland semble plafonner en Allemagne, il ne serait pas invraisemblable que les investisseurs refocalisent leur intérêt sur un autre risque politique, qui ne fait que commencer, celui du Brexit.

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Un autre sondage, également publié cette semaine, est à ce titre intéressant. Il a été réalisé par Axa IM auprès de 122 assureurs européens – des investisseurs qui pèsent lourd sur les marchés financiers et ont une vision de long terme. Pour les assureurs, le défi le plus important en 2017 reste le contexte de taux bas, cité par 75% d’entre eux, loin devant la réglementation (47%). L’avenir incertain de l’Europe ne vient qu’en troisième position, avec 43% des personnes interrogées. Mais cette proportion grimpe significativement (61%) chez les assureurs britanniques, alors qu’elle est inférieure à la moyenne (39%) si l’on ne considère que les assureurs français.

Si l’impact boursier et économique du vote de juin dernier a pour l’heure été limité au Royaume-Uni, l’inquiétude grandit en effet, notamment chez Schroders, où l’on prévoit une accélération de l’inflation à 3,5% d’ici l’été. «Pour ce qui concerne les marchés, le ralentissement de l’économie que nous commençons à constater nous amène à être plus préoccupés envers les petites capitalisations», indique Keith Wade, responsable de l’équipe d’économistes et de stratégistes de Schroders.