Au cœur des marchés

«Brexit, Bremain… ou Brexrien»?

Le référendum britannique du 23 juin se jouera sur le plan émotionnel bien plus que sur le plan rationnel

Le référendum du 23 juin pour le maintien ou la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (UE) semblait être il y a encore quelques semaines un non-événement, un «Brexrien». La raison allait l’emporter pour le Bremain, pas de Brexit.

Mais c’était sans compter sur l’aspect émotionnel lié au sentiment d’indépendance du Royaume-Uni. «God Save the UK and not the EU!». Aujourd’hui il ne s’agit plus d’un choix rationnel, pesant le pour et le contre économique d’une sortie de l’UE; il s’agit d’un vote de positionnement vis-à-vis de ce Bruxelles administratif qui étouffe les singularités, d’un vote d’indépendance, d’un vote presque helvétique. D’ailleurs, jamais les Anglais ne s’étaient autant intéressés à la Suisse et à son évolution en dehors de l’UE, en soulignant la bonne santé de notre pays hors de l’UE, mais en oubliant inconsciemment la période de vaches maigres de notre économie entre le non à l’Europe et la signature des bilatérales avec l’UE.

L’issue du référendum est donc impossible à appréhender, les sondages ou les bookmakers ne permettent aucune conclusion et tout investisseur se retrouve dans une situation inconfortable, face à un événement sans probabilité précise, mais dont les conséquences négatives sont immenses.

Certes, un Brexit ne changera rien immédiatement, le commerce anglo-européen continuera, et la Livre continuera d’exister, comme l’euro. Néanmoins, un Brexit changera réellement la relation des citoyens européens vis-à-vis de Bruxelles. Le Brexit montrera que l’UE n’est pas immuable et que l’on peut s’opposer à Bruxelles. Les marchés pourront alors se focaliser sur leur obsession phobique préférée, l’éclatement de la zone européenne. Nul doute que la BCE affûte déjà sa planche à billets pour pallier à toute remontée des taux sur les dettes des Etats périphériques, au risque de voir l’euro s’affaiblir fortement.

Comme à chaque crise de l’euro, les devises refuges que sont le dollar et le franc s’apprécieront, provoquant une nouvelle baisse des rendements obligataires dans ces devises. Mais cela ne constituera pas une bonne nouvelle ni pour l’économie suisse ni pour la bourse suisse ultrasensibles à la surévaluation du franc. De même la BNS sera confrontée à un nouveau challenge et se demandera quel est le niveau maximum possible des taux négatifs, sachant que la doctrine le fixe à environ – 1%…

Si le scénario du Bremain semble plus favorable, puisque à l’inverse du Brexit, il n’y a pas de raison de s’enthousiasmer non plus: les actions et les obligations sont chères. Face à ces incertitudes, et cette asymétrie des risques, en sachant qu’investir c’est surtout savoir gérer les risques plutôt que de prendre des paris, la notion de préservation du capital est aujourd’hui essentielle, que ce soit dans la partie actions ou devises des portefeuilles. Et même si le 24 juin débouche sur un Brexrien.

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