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Le Brexit et la Catalogne préparent une Europe fédérale

La solution qui concilie le respect des identités régionales et le développement des échanges commerciaux se niche dans les propositions du Neuchâtelois Denis de Rougemont et du Britannique William Churchill

La mondialisation constitue une époque formidable d’ouverture sur le monde et regorge de très nombreuses opportunités pour toutes les entreprises qui souhaitent se développer, gagner et investir.

Seulement voilà, d’un point de vue psychanalytique, face à la mondialisation, les individus sont semblables à cet astronaute suspendu dans le vide à 300 km d’altitude, et qui n’est plus rattaché à la navette spatiale que par un filin! Autrement dit, nous perdons nos bases et notre culture locale, puisque celle-ci se mondialise, aussi est-il bon de les retrouver afin de ne pas compromettre notre équilibre!

Lorsqu’une région ou un pays prospère a le sentiment de payer pour les autres membres de l’ensemble auquel il appartient, la tentation de retrouver ses racines devient grande. Tel est le cas de la Catalogne face à l’Espagne, ou celui de l’Angleterre à l’Union européenne, qui, via le Brexit et son vote antimigrants, a voulu exprimer le désir d’un retour à des valeurs culturelles traditionnelles.

Avantage aux petits pays

Pour quelle raison la quête de son identité serait une mauvaise idée? Depuis fort longtemps, j’ai constaté que les «petits» pays se donnant des règles fiscales attractives avaient le potentiel de devenir beaucoup plus prospères que les autres pour la simple raison qu’ils sont plus faciles à administrer.

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Seulement voilà! L’isolationnisme ne suffit plus car lorsqu’on participe de la dynamique de la mondialisation, on doit soit en profiter, soit la subir. Il est donc important de négocier des accords commerciaux avec les autres puissances, des accords transfrontaliers destinés aux étrangers qui viennent travailler sur votre sol comme à vos ressortissants qui vont exercer ailleurs, d’instaurer des règles pour l’établissement des sièges sociaux d’entreprises, etc. C’est à cet instant qu’entre en jeu le fédéralisme, cette forme de gouvernance adoptée aux Etats-Unis, en Suisse et au Brésil mais mal connue ailleurs, qui permet de conserver son identité tout en étant intégré au sein d’un ensemble beaucoup plus large pour garantir a minima sa sécurité. Couplé au libre-échangisme et à un marché intégré, le fédéralisme préserve à tous leurs spécificités culturelles et offre nombre de débouchés sans pour autant les entraver à chaque pas en avant.

Le monde économique reste pragmatique

De nombreuses «régions» dans le monde ont voulu opter, ou voudront opter demain, pour l’indépendance, telles l’Ecosse en début d’année, ou la Savoie, la Bretagne, la Corse et le pays Basque dans un passé relativement récent en France. Toutefois, l’exemple actuel de la Catalogne prouve que, face à l’idéologie politique des élus et des peuples, le monde économique s’avère, lui, bien plus pragmatique.

En effet, dans cette région, l’entreprise rejette massivement toute velléité d’indépendance et songe davantage à se rapprocher de l’Espagne et du reste du monde qu’à rester sur place. Quand bon nombre pensent «indépendance», le chef d’entreprise qui, lui, importe et exporte, sait que la quintessence du bon fonctionnement de l’économie ET de la société est en fait «l’interdépendance»!

Vertus du fédéralisme ignorées?

Sur notre continent, la solution qui concilie le respect des identités régionales et le développement des échanges commerciaux se niche dans la constitution d’une Europe fédérale comme l’a défendue en 1946 à Zurich Winston Churchill ou conçue le penseur neuchâtelois de l’Europe des régions Denis de Rougemont. Les soubresauts indépendantistes que connaissent certaines régions devraient inciter les dirigeants européens à oser franchir le pas du fédéralisme!

Au niveau mondial, on est encore loin de la coupe aux lèvres! Les gouvernements qui devraient se soucier de la prospérité de leur population ignorent encore trop souvent les vertus économiques du fédéralisme. Alors que l’ONU pourrait constituer un embryon d’Etat fédéral, son intégration est entravée par des jeux de pouvoir de grandes puissances qui, cyniquement, à tour de rôle et pour des raisons aussi inavouables les unes que les autres, ont tout intérêt à la limiter.

La peur comme moteur

Grâce au fédéralisme, l’autonomie sans trop de heurts est possible. Cependant, il faut bien avouer que cette volonté d’indépendance prend sa source dans la crise mondiale que nous subissons depuis une décennie. En effet, comme l’observent les historiens et les sociologues depuis longtemps, quand tout va bien, personne ne pense à l’histoire, mais lorsque les choses se dégradent, on la revit et on la transpose en discours identitaires!

En fait, la majorité des peuples et des individus est mue par ses propres peurs, cette peur qui est «l’ennemie de la raison» comme l’affirmait Nietzsche, et non «la voie de la sagesse» comme le pensent la plupart d’entre nous. Mais la nature est faite de contradictions qui engendrent certaines formes d’équilibre, une règle qui demeure valable pour les individus. Chaque «Etat» visant l’indépendance constatera, dans le même temps, qu’il nécessite des accords avec les autres, notamment sur les terrains commerciaux et économiques, ce qui ouvre en grand les portes au fédéralisme!

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