Devises

Le Brexit, Donald Trump et Marine Le Pen ont animé le quotidien de la BNS

Une étude de Credit Suisse décrypte les interventions de la Banque nationale suisse sur le marché des changes, depuis la fin du taux plancher en janvier 2015. Elle confirme aussi que l’élection d’Emmanuel Macron apporte une bouffée d’oxygène

Il fallait lire jusqu’au bout. Le 15 janvier 2015, lorsque la Banque nationale suisse (BNS) annonçait la fin du taux plancher de 1,20 franc pour un euro, la dernière phrase de son communiqué indiquait qu’elle «interviendra au besoin sur le marché […]». Une fois passé le cataclysme monétaire, il avait fallu plusieurs jours pour que les experts réalisent que la BNS continuerait en fait de lutter contre la hausse du franc, mais sans défendre un taux précis.

C’est ce qu’elle a fait. Depuis bientôt deux ans et demi, les analystes cherchent à identifier à quel moment la BNS juge utile d’intervenir. Lorsque l’euro passe sous les 1,10? Sous les 1,08 franc? Ou 1,05? La réponse n’a jamais été claire. C’était l’objectif: que les spéculateurs ne sachent plus quand ils devraient faire face à la force de frappe d’une banque centrale.

143 milliards de francs ont été vendus

Cette stratégie de camouflage n’a pas empêché la BNS de communiquer régulièrement sur l’état de son bilan. C’est sur cette base que Credit Suisse s’est appuyé pour décrypter ses manœuvres. Ainsi, depuis février 2015, la banque a calculé que la BNS a dépensé 143 milliards de francs sur le marché des changes. «Ces interventions étaient concentrées sur des périodes d’incertitude fortement accrue», résume Maxime Botteron, l’auteur d’une étude publiée mardi. L’économiste y écrit que les causes de ces moments de nervosité, ceux qui poussent les investisseurs à se réfugier vers le franc plutôt que vers l’euro, sont clairement identifiables: un référendum grec, une chute boursière, le Brexit, l’élection de Trump et, enfin, la campagne électorale française la plus indécise depuis des décennies. «Ces exemples montrent que la tolérance de la BNS est limitée, dès lors que les risques politiques ou l’incertitude générale augmentent et qu’elle se tient prête à acheter de larges volumes de devises», poursuit Maxime Botteron.

Une BNS plus tolérante?

Son analyse confirme aussi que l’élection d’Emmanuel Macron a apporté une bouffée d’oxygène à l’Europe, à l’euro, au franc, et donc à la BNS. Tant que cette période perdure, le rythme des achats de devises devrait se réduire. Et Maxime Botteron suggère que «si le franc venait à s’apprécier sous l’effet de l’accélération de la croissance et de l’inflation en Suisse, plutôt que des risques politiques», la BNS pourrait se montrer plus tolérante.

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Ce jeudi, la BNS exposera sa vision de la situation et publiera ses nouvelles projections d’inflation. Là aussi, l’économiste se réfère aux expériences passées. Il rappelle que jusqu’en 2009, la BNS relevait son taux directeur lorsque sa prévision d’inflation la plus éloignée chronologiquement atteignait 1,75%. Cette dernière, valable pour fin 2019, atteint aujourd’hui 1,4%. «La probabilité d’un durcissement semble très limitée à court et moyen terme, conclut-il. Mais si la prévision d’inflation venait à être graduellement relevée, la politique monétaire pourrait prendre un tour moins accommodant.»

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