Royaume-Uni

Le «Brexit» inquiète les patrons britanniques

La communauté d’affaires passe à l’offensive pour rester dans l’Union européenne. Mais derrière l’unanimité de façade, des lézardes apparaissent

Le «Brexit» inquiète les patrons britanniques

Royaume-Uni La communauté d’affaires passeà l’offensive pourrester dans l’Union européenne

Mais derrière l’unanimité de façade, des lézardes apparaissent

Deux semaines après la réélection de David Cameron à la tête du gouvernement britannique, la communauté d’affaires s’est lancée dans une grande offensive en faveur de l’Union européenne (UE). La City et les grandes entreprises ont décidé de monter au créneau le plus rapidement possible. «Les entreprises doivent se faire entendre», a lancé mercredi Mike Rake, le président du CBI, le principal groupe patronal britannique. Pour lui, il n’y a pas de doute: rester au sein des Vingt-Huit est bénéfique.

Le premier ministre britannique a promis un référendum pour rester ou sortir de l’UE d’ici à fin 2017 au plus tard. Il doit annoncer dès la semaine prochaine la loi pour la mise en place la consultation populaire. Même si les sondages indiquent qu’une légère majorité de Britanniques souhaite rester dans l’Union, le risque d’un «Brexit» (contraction de British exit) est désormais réel.

«Pour l’instant, personne n’a offert d’alternative crédible au fait d’être membre de l’UE», explique Mike Rake. Il prend les cas de la Norvège et de la Suisse comme les exemples à ne pas suivre. «Il a fallu neuf ans à la Suisse pour négocier et mettre en place un accès partiel au marché unique. Les entreprises doivent faire savoir clairement qu’être membre est dans notre intérêt national.» Quant à la Norvège, elle est le dixième contributeur financier de l’UE (elle paie pour avoir accès au marché unique), sans avoir d’influence lors des négociations à Bruxelles.

Plusieurs grandes multinationales, souvent étrangères, suivent la même ligne que celle du CBI. Deutsche Bank, qui emploie 9000 personnes au Royaume-Uni, a annoncé qu’elle étudiait la possibilité de déménager certaines activités en cas de Brexit. Le patron d’Airbus pour le Royaume-Uni a également tiré la sonnette d’alarme. Dans un discours mercredi au pays de Galles, il a prévenu: «Nous serons moins compétitifs [en cas de sortie de l’UE].» Vittorio Colao, le directeur général de Vodafone, le numéro un européen de la téléphonie mobile, va dans le même sens. «Il serait mieux de rester en Europe. Le marché unique numérique n’existe pas encore mais il faut le créer.»

Derrière cette belle unanimité se cachent cependant des désaccords croissants. Si tous les grands lobbys organisés sont contre le Brexit (CBI, corporation de la City…), leurs membres ne sont pas forcément enthousiastes. La voix la plus dissonante est venue de Graeme McDonald, le patron de JCB, une grosse entreprise de tracteurs et de pelleteuses. Selon lui, il faut d’abord réformer l’UE, pour desserrer sa lourdeur administrative. En cas d’échec, «il vaut mieux sortir, confie-t-il au Guardian. Je ne crois pas que cela changerait quoi que ce soit au commerce avec l’Europe. On veut nous faire peur en nous disant que des emplois seraient perdus, mais ce n’est dans l’intérêt de personne de bloquer le commerce. Ni nous ni Bruxelles n’imposerions de barrières douanières.»

Son analyse rejoint celle de nombreuses PME, qui sont assez divisées sur la question. Si une grande multinationale a tout intérêt à avoir des normes paneuropéennes, qui lui simplifient la vie, une petite entreprise n’en perçoit que la lourdeur. Au sein de la City également, les grandes banques veulent rester dans l’UE, mais les hedge funds, plus petits et moins encadrés, sont souvent réticents. Beaucoup souhaitent voir des réformes en profondeur pour réduire les Vingt-Huit à une sorte de grande zone de libre-échange. Les négociations que va mener David Cameron d’ici au référendum pourraient s’avérer essentielles.

«Il a fallu neuf ans à la Suisse pour négocieret mettre en placeun accès partiel au marché unique»

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