L’austérité, vous vous rappelez? Depuis juin dernier et le référendum en faveur de la sortie de l’Union européenne, le Brexit mobilise toutes les forces du gouvernement britannique. Mais pendant ce temps-là, la réalité budgétaire du Royaume-Uni n’a pas disparu. L’austérité continue, et Philip Hammond, le chancelier de l’Echiquier – en présentant son premier budget annuel après le vote sur le Brexit mercredi – a décidé de poursuivre les coupes.

Pourtant, l’économie résiste. Contrairement aux prédictions de la majorité des économistes après le vote en faveur du Brexit, la croissance a été relativement solide, à 1,8% en 2016. Les prévisions officielles du gouvernement conservateur tablent sur 2% cette année.

Environ 50 milliards de livres pour le service de la dette

L’opposition travailliste appelait donc à desserrer les cordons de la bourse, d’autant que le déficit a été réduit: de 10% du produit intérieur brut (PIB) en 2010 à 2,7% du PIB cette année (avril 2016 à mars 2017).

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Philip Hammond refuse et conserve son objectif de réduire le déficit à 0,7% du PIB d’ici 2021. «Chaque année, nous dépensons 50 milliards de livres en intérêts de notre dette, plus que pour la défense et la police mises ensemble. […] La seule action responsable possible est de continuer notre plan, sans tenir compte des fluctuations de court terme.»

Une telle austérité est au contraire irresponsable, réplique Jeremy Corbyn, le leader du parti travailliste. «Le gouvernement choisit la mauvaise priorité.» Selon lui, les coupes budgétaires accumulées depuis 2010 commencent à se faire sentir cruellement sur le terrain, provoquant une crise sociale.

Hôpitaux débordés

La plus évidente concerne les services de santé. Pas une semaine ne se passe sans une tension supplémentaire dans les hôpitaux, qui sont débordés. La liste d’attente des patients s’allonge inexorablement. Aux urgences, les malades patientent sur des brancards, faute de lits. A l’hôpital de Leicester, en janvier, il a même fallu les faire attendre dans les ambulances, les couloirs étant eux aussi bondés.

Officiellement, le budget de la santé est l’un des rares à avoir été protégé de l’austérité. Mais son augmentation a été insuffisante pour faire face à une population vieillissante. Le budget du National Health Service (NHS) est passé de 8,8% du PIB en 2009, à 7,5% aujourd’hui.

Tension dans les prisons

En partie, la pression sur le NHS est la conséquence des restrictions financières décidées par ailleurs sur la prise en charge des personnes âgées. Le personnel qui rend visite à domicile, financé par les mairies, se fait rare. Moins bien pris en charge, les seniors se retrouvent plus souvent aux urgences, congestionnant un peu plus les hôpitaux. Reconnaissant le problème, Philip Hammond a fait un geste ce mercredi, débloquant trois milliards de livres sur les trois prochaines années pour les soins des personnes âgées.

Les prisons donnent aussi des signes inquiétants de tension, après la suppression de sept mille postes de gardiens. Le système éducatif, la justice ou encore les collectivités locales ont aussi fait entendre leur ras-le-bol de l’austérité. Mais le gouvernement ne veut rien entendre. Les Britanniques sont condamnés à continuer à se serrer la ceinture.