Conjoncture

Le Brexit pèse déjà sur le Royaume-Uni

L’économie britannique bat de l’aile alors que le reste de l’Europe a renoué avec la croissance. La suite dépendra des conditions de divorce entre Londres et Bruxelles, qui devrait être conclu au plus tard le 31 décembre 2020

Les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules. Le vice-premier ministre britannique Damian Green, l’un des plus proches et fidèles alliés de la première ministre Theresa May, a démissionné mercredi soir; il a reconnu avoir menti sur la découverte d’images pornographiques sur son ordinateur il y a dix ans. A l’incertitude politique sur l’avenir d’un gouvernement déjà fragile, s’ajoute le manque de visibilité économique et financière liée au Brexit, c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) votée le 23 mai 2016.

Le moral des ménages et des entreprises au plus bas

Selon des statistiques publiés cette semaine, le moral des ménages et des entreprises britanniques pour décembre a atteint son plus bas niveau depuis 2013. Cette déprime se vérifie de façon concrète. Par exemple, le nombre des voitures fabriquées de janvier à novembre de cette année s’est élevé à 1,58 million, soit 2% de moins par rapport à la même période en 2016. Mais le nombre destiné au marché intérieur a baissé de 9%, à 322 550 voitures. Selon la Society of motor manufacturers and traders, la chute a été particulièrement brutale le mois dernier: –28% par rapport à novembre 2016.

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Cette situation corrobore l’évolution de l’indice de confiance des consommateurs britanniques publié jeudi. L’institut des études conjoncturelles GfK à Londres confirme un déclin continu depuis deux ans. Cité par le quotidien The Guardian, son patron Joe Staton affirme que «rien ne présage le retour de la confiance à court terme. En réalité, tout indique qu’elle sera encore plus basse en 2018.»

Frein à la consommation

Le Fonds monétaire international (FMI) est aussi pessimiste. Dans son étude annuelle consacrée à l’économie britannique, publiée mercredi, il a révisé ses prévisions conjoncturelles à la baisse pour 2018. Le produit intérieur brut (PIB) ne progressera que de 1,5%. C’est faible par rapport à l’UE qui devrait enregistrer une croissance de 2,4%. «La décision de sortir de l’UE et l’incertitude sur les négociations avec Bruxelles pèsent sur la demande intérieure, écrivent les auteurs de l’étude. Le chômage se maintient à un niveau record, mais c’est surtout la forte dépréciation de la livre qui renchérit les prix et freine la consommation.» La monnaie britannique s’échangeait conte 1,39 euro en juin 2015, contre 1,19 euro en juin 2016 et à 1,12 euro vendredi. Ils notent qu’à côté des ménages, les entreprises n’investissent pas non plus en équipements à cause de l’incertitude liée au Brexit.

A Genève, Stéphane Monier, responsable des investissements à la banque privée à la banque Lombard Odier, est aussi dubitatif même s’il est à présent un brin moins pessimiste. Il salue le fait que le Royaume-Uni et l’UE sont parvenus à conclure la première phase des négociations liées au Brexit et ont décidé de passer à l’étape suivante. «Le fait que Bruxelles voudrait que le Brexit soit effectif le 31 décembre 2020 indique qu’il y a une volonté d’en finir avec les incertitudes, explique-t-il. In fine, Bruxelles, même si c’est elle qui tient le couteau par le manche, n’a aucun intérêt à ce que l’économie britannique se dégrade.» Stéphane Monier affirme que la bonne volonté de part et d’autre explique le léger raffermissement de la livre depuis la semaine dernière.

Risque politique

Le Brexit fait aussi douter de la solidité et de l’avenir de la City qui compte 315 000 employés et qui contribue à hauteur de 4% au PIB britannique. D’autant plus qu’un certain nombre de banques et d’entreprises ont déjà commencé à délocaliser leurs activités ou une partie d’entre elles, dans d’autres villes européennes. Pour Stéphane Monier, la deuxième phase des négociations est encore plus cruciale. «C’est là que se décidera de quel accès pourront bénéficier les banques britanniques aux marchés financiers européens», explique-t-il. C’est aussi dans cette phase que seront négociées les relations commerciales bilatérales.

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Stéphane Monier tient aussi à attirer l’attention sur le risque politique lié à la fragilité du gouvernement britannique de Theresa May. «Dix années de rigueur ont permis à l’opposition travailliste, emmenée par le socialiste Jeremy Corbyn, d’engranger d’importants soutiens», écrit-il dans une note. Il relève aussi que selon l’OCDE les inégalités de revenu étaient plus fortes au Royaume-Uni que dans la majorité d’autres pays européens. Et de conclure: «En cas d’élections anticipées, un changement de gouvernement augmenterait l’incertitude pour les investisseurs.»

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