Europe

Brexit: premiers signes de ralentissement économique

La moitié des fonds immobiliers ont gelé les retraits, et les investissements sont gelés. Le Royaume-Uni n’est plus la cinquième économie au monde

Le Royaume-Uni risque sa place de cinquième économie au monde. Avec la chute de la livre sterling depuis le vote en faveur du Brexit, la France l’a dépassée jeudi. Le point d’équilibre entre les PIB des deux pays se trouve autour d’une livre pour 1,17 euro et la monnaie britannique est passée juste en dessous de cette barre la semaine dernière.

Bien sûr, les économistes sérieux rappellent qu’il faut prendre la moyenne du taux de change sur l’intégralité d’une année pour réellement comparer deux économies. Les fluctuations sur une seule journée n’ont guère de signification, d’autant que le taux a évolué depuis (1,1959 mardi en fin de journée), remettant le classement des grandes économies à sa place initiale. Mais la portée symbolique est évidente: l’économie britannique est sévèrement secouée depuis le vote.


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La livre sterling a chuté depuis le vote, face au dollar et au franc aussi. Les premiers signes de détresse sont apparus sur les marchés financiers. Comme souvent, ils viennent de l’immobilier. Pas moins de sept fonds immobiliers commerciaux ont été forcés de geler leurs retraits. En début de semaine dernière, Standard Life a été le premier à prendre cette mesure drastique. Depuis, tous les grands noms du secteur ont fait de même: Aviva, M&G, Henderson Global Investors…

Au total, plus de la moitié du secteur est désormais touchée.Un tel gel des retraits est exceptionnel. C’est l’équivalent d’une banque qui interdirait à ses clients de retirer l’argent de leur compte en banque. Pour trouver un précédent, il faut remonter à la grande crise financière. Au cœur de l’été 2007, BNP Paribas avait bloqué ses fonds immobiliers, entamant un processus débouchant sur la faillite de Lehman Brothers.

Le problème des fonds immobiliers vient de leur liquidité. Les investisseurs ont le droit de retirer leur argent à tout moment, tandis que vendre un bâtiment ou un entrepôt peut prendre des mois. Pour faire face, les fonds mettent des actifs liquides de côté. Mais si trop d’investisseurs se ruent vers la sortie en même temps, ils ne peuvent pas répondre à la demande. C’est ce qu’il se passe depuis le Brexit. Beaucoup d’investisseurs craignent le ralentissement immobilier et veulent retirer leurs avoirs.

Une nouvelle crise financière générale?

Est-ce le début d’une nouvelle crise de tout le système financier? La grande majorité des analystes estiment qu’on n’en est pas là. «Ce n’est pas un moment Lehman», estime Oxford Economics. «Nous craignons un ralentissement économique, mais pas un gel des marchés financiers», ajoute Ajay Rajadhyaksha, qui travaille pour la gestion d’actifs de Barclays.Il se rassure en soulignant l’action de la Banque d’Angleterre, qui a pris des mesures d’urgence. Avec effet immédiat, celle-ci a réduit les exigences de fonds propres des banques, afin de faciliter leurs prêts. Concrètement, les «amortisseurs contracycliques», qui obligent les banques à conserver 0,5% de leurs actifs en fonds propres en plus des exigences normales de capitaux, sont réduits à 0%. De quoi permettre aux banques de prêter jusqu’à 190 milliards de francs supplémentaires, selon la banque d’Angleterre.

Si la panique financière est pour l’instant évitée, le ralentissement économique risque en revanche d’être profond. Barclays estime que le Royaume-Uni va entrer en récession dès le deuxième semestre de cette année. Pour l’année prochaine, la banque britannique a revu à la baisse sa prévision de croissance de 1,9% à -0,4%.

L'effet de l'incertitude

Principale raison, l’incertitude. Personne ne sait à quoi ressembleront les relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Union européenne à l’avenir. Le pays va-t-il sortir du marché unique? Va-t-il perdre son fameux passeport qui permet de vendre des produits financiers à travers toute l’UE? Des droits de douane seront-ils mis en place?

En l’absence de réponses, les entreprises gèlent leurs investissements. Les premières décisions sont déjà tombées. Siemens a décidé de repousser sa décision sur l’extension d’une usine de pales d’éoliennes. Celle-ci, qui ouvre en septembre à Hull, dans le nord de l’Angleterre, doit fournir le marché intérieur. Mais il était question de la développer pour les exportations.

Des emplois déplacés de Londres à Dublin

Le fonds d’investissement Fidelity a déplacé une centaine d’emplois de Londres à Dublin et son concurrent M&G annonce qu’il va développer une gamme de produits en Irlande. Le gérant d’actifs suisse Gam a lui aussi suspendu ses plans d’agrandissement. Il était en discussion pour déménager dans des bureaux de 5000 mètres carrés au cœur de Londres, mais il a désormais repoussé les négociations de plusieurs mois. L’Oréal a mis fin à des discussions pour changer de siège à Londres.

Quant à Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, il envisage de délocaliser «plusieurs milliers» d’emplois de Londres vers l’UE. Pour l’instant, il ne s’agit que d’une menace. «Si nous conservons le passeport, nous ne ferons sans doute aucun changement. Mais je crois que l’UE n’acceptera pas cela.» Comme lui, de très nombreuses entreprises attendent de voir la tournure des négociations entre Londres et Bruxelles pour agir. Les conséquences réelles du Brexit en dépendront.


Les instituts de prévision pessimistes pour la croissance

Le choix du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne va commencer à peser un peu sur la croissance économique de la zone euro à la fin de l’année 2016, selon la prévision commune de trois instituts européens publiée mardi.

«Le référendum sur le Brexit entraîne une plus grande incertitude concernant les perspectives de croissance dans la zone euro», préviennent l’Insee (France), l’Ifo (Allemagne) et l’Istat (Italie) dans un communiqué commun.

«Au quatrième trimestre 2016, les effets du Brexit devraient se faire sentir, via les échanges commerciaux», expliquent ces instituts.

Dans les chiffres, cela se traduirait par une croissance du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro retombant à 0,3% au quatrième trimestre, après 0,4% anticipé pour le troisième trimestre et 0,3% pour le deuxième. Au total sur l’année, la croissance économique globale des 19 pays ayant adopté la monnaie unique atteindrait 1,6%, très légèrement moins que les 1,7% de 2015.

La suite reste incertaine, car «les effets à moyen terme (du Brexit) restent dépendants des négociations à venir entre le Royaume-Uni et les pays de l’Union européenne», relèvent l’Insee, l’Ifo et l’Istat.

L’incertitude sur ces négociations pourrait provoquer de nouvelles turbulences sur les marchés financiers, pesant alors «sur la confiance et sur l’investissement», poursuivent les instituts. Ils estiment toutefois ces effets «très difficiles à quantifier à ce stade».

Ils se montrent en revanche confiants dans le fait que sur le reste de l’année, la consommation privée restera «le principal moteur» de la croissance, «grâce à la bonne orientation du marché du travail et à la faiblesse de l’inflation», nourrie par un pétrole très bon marché.

C’est déjà la consommation privée qui avait permis à la croissance économique du premier trimestre d’accélérer à 0,6%, avec les croissances les plus soutenues en Espagne (+ 0,8%), Allemagne (+ 0,7%) et France (+ 0,6%).

Après une perte de dynamisme anticipée pour le deuxième trimestre, l’investissement «reprendrait de l’élan à l’horizon de la prévision, soutenu par l’assouplissement des conditions de financement et l’amélioration des perspectives».

En revanche, «le commerce extérieur, soumis aux difficultés des pays émergents, continuerait de peser sur la croissance», comme cela a été le cas les trimestres précédents. (AFP)

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