La perspective du divorce entre Londres et Bruxelles suscitait des craintes pour l’attractivité financière de la scène entrepreneuriale britannique. Les premiers chiffres publiés pour 2019 ont dissipé tous les doutes: en drainant 13,2 milliards de dollars (12,9 milliards de francs), le Royaume-Uni a attiré l’an dernier un niveau de capitaux record, accentuant même son avance sur la France et l’Allemagne. A titre de comparaison, les jeunes sociétés suisses ont engrangé l’an dernier 2,3 milliards de francs, selon des estimations du site Startupticker.

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L’île britannique reste toutefois encore loin derrière les Etats-Unis, à en croire le rapport que les sociétés Dealroom et Tech Nation ont publié mi-janvier. Très loin même puisque la patrie d’origine du capital-risque a enregistré des investissements de 116 milliards de dollars en 2019 – ceux-ci sont en baisse de 20%. Combiné à l’abondance de liquidités présentes sur le marché, ce repli contribue à expliquer l’engouement que suscitent les jeunes pousses britanniques, d’autant plus que les investisseurs ont aussi boudé la Chine où les levées de fonds ont chuté de 65%.

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Une scène entrepreneuriale bien diversifiée

Avec 9,7 milliards de dollars, Londres attire les trois quarts des investissements réalisés sur sol britannique. La capitale anglaise éveille bien plus d’intérêt que Berlin et Paris dont les jeunes sociétés ont respectivement recueilli 4,5 et 3,3 milliards de dollars. Et le Royaume-Uni peut se targuer de disposer d’autres hubs de l’innovation que sa seule capitale puisque Cambridge figure à la 12e place du classement par villes, tandis que Bristol est 15e, juste derrière Zurich, 1re et seule cité suisse présente dans les 20 hauts lieux de l’innovation mondiale.

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Hormis la forte disponibilité de capitaux et un intérêt croissant pour l’Europe, d’autres facteurs expliquent pourquoi les investisseurs plébiscitent le Royaume-Uni. Ce pays présente un portefeuille de jeunes entreprises technologiques bien diversifié. Il est surtout bien positionné dans des secteurs jugés actuellement très porteurs comme les énergies propres, l’innovation dite de rupture, mais surtout la finance où les investissements ont pratiquement doublé l’an dernier. Plus de 5 milliards (+96%) ont ainsi été récoltés par des sociétés britanniques actives sur ce créneau.

Les start-up actives dans la fintech très prisées

Un autre avantage dont bénéficie la patrie de Shakespeare, c’est de pouvoir faire appel à un éventail d’investisseurs plus large que l’Allemagne et la France. Le pays confirme ainsi sa tradition d’ouverture internationale puisqu’il draine notamment davantage de fonds en provenance d’Asie et d’Amérique du Nord.

Réalisées dans un climat de fortes incertitudes sur le futur politique du Royaume-Uni, ces performances – corroborées par un rapport publié par Crunchbase, autre site consacré à l’entrepreneuriat – n’ont pas manqué de susciter l’enthousiasme des autorités britanniques. Sur fond d’économie stagnante, elles confirment que la perspective d’un avenir en célibataire ne rebute pas les investisseurs.

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