Lorsque les bureaux de vote fermeront jeudi soir au Royaume-Uni, les courtiers de la Banque nationale suisse à Zurich seront peut-être parmi les seuls à pouvoir quitter leur poste. Depuis 2013, la banque nationale dispose en effet d’une équipe de courtiers basée à Singapour prête à prendre le relais des opérations sur les marchés des devises, comme l’a rappelé récemment l’agence Bloomberg.

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Mais pour les autres employés des banques, courtiers ou opérateurs sur les marchés des devises, la fin de cette semaine s’annonce houleuse. Un «Brexit» est considéré comme un scénario possible, voire probable, du vote vu les sondages publiés en fin de semaine dernière.

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L’issue du référendum sera aussi très importante pour la Suisse, qui compte parmi les cinq pays européens dont l’économie est la plus liée à celle du Royaume-Uni. Selon un indice de sensibilité au Brexit («Brexit sensitivity Index») élaboré par Standard & Poor’s, la Suisse figure au cinquième rang, notamment en raison des liens de sa place financière avec Londres. Hormis le Luxembourg, aucun pays européen n’a une place financière aussi étroitement liée à la Grande-Bretagne que la Suisse.

Le test du 15 janvier

Comment les acteurs de la place financière se préparent-ils en vue du vote? L’exploitant de la bourse suisse, la SIX, insiste sur son haut degré de préparation en vue de l’événement. D’une part, sur le plan de l’infrastructure informatique, la SIX rappelle qu’elle a été par le passé en mesure de faire face techniquement à des développements surprenants sur les marchés. «Quand la BNS a abandonné le taux plancher le 15 janvier 2015, la SIX a prouvé, lors de cette sorte de stress test, qu’elle pouvait traiter des volumes environ six fois plus élevés que la normale», rappelle un porte-parole de SIX Group. D’autre part, la SIX évoque plusieurs mesures techniques et organisationnelles qui ont été planifiées. L’exploitant dispose ainsi «de mécanismes efficaces capables d’empêcher de possibles dynamiques incontrôlables», ajoute-t-il. Et de citer notamment des interventions telles que le «stop trading» ou l'«avalanche stop trading» qui permettent de réagir en cas d’évolution extrême des marchés.

Outre l’informatique, il y a aussi la gestion des requêtes des clients. Maximilian Kunkel, stratège en placement chez UBS Chief Investment Office WM, une unité rattachée à la division de gestion de fortune, dit avoir reçu un très grand nombre de demandes au sujet de ce vote. Quels sont les préparatifs pour les journées de jeudi et de vendredi? «Nous avons mis en place des mesures particulières pour pouvoir répondre à un plus grand nombre de requêtes de nos clients. Des publications spécifiques à ce sujet seront aussi diffusées», ajoute-t-il.

Preuve que la situation n’est pas prise à la légère, le numéro un bancaire helvétique a prévu de continuer d’assurer depuis Londres le négoce de devises durant la nuit du 23 au 24 juin, plutôt que de le déléguer à l’Asie comme UBS le fait habituellement le soir, indiquait vendredi le site financier Finews.ch.

Dans une banque suisse de taille moyenne, on fait aussi état d’inquiétudes accrues de la part de la clientèle ces derniers jours. Certains clients ont même demandé s’ils devaient revendre toutes leurs actions en début de semaine pour les racheter un peu plus tard, ont rapporté des conseillers à la clientèle, une stratégie peu recommandée en raison des frais de négoce qui en résulteraient.

Levier divisé par trois

Outre les banques, les courtiers en devises sont aussi exposés en première ligne au vote. Ici aussi, le fantôme du 15 janvier 2015 continue de rôder. Ce jour-là, les systèmes informatiques de plusieurs courtiers en ligne n’étaient pas parvenus à exécuter toutes les transactions des clients.

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Chez Dukascopy à Genève, la société spécialisée dans le négoce de devises se dit parée sur le plan de l’informatique. «Nous n’avons pas besoin d’augmenter nos capacités informatiques pour cet événement particulier. Nous prévoyons quand même d’augmenter rapidement le nombre de personnes de support en cas de nécessité sur cette période», précise son directeur Andre Duka.

Des mesures ont-elles été prises vis-à-vis des clients, notamment au sujet du levier avec lequel ils opèrent? «Oui, nous avons déjà informé nos clients d’une réduction du levier qui sera en force 24 heures avant la fin des votes en Grande-Bretagne. Le levier normal sera divisé par 3 pour les monnaies à risque. Sur certains indices de bourse, le levier est divisé par 10. De plus, nous avons identifié les clients tenant des expositions relativement grandes pour les rendre attentifs des risques individuellement», poursuit Andre Duka.

Des résultats tardifs accentueraient la volatilité

Pour Dukascopy, le timing de la publication des résultats, plutôt que l’issue elle-même du vote, pourrait avoir un effet déstabilisant: «Selon nous, il pourrait y avoir un sérieux problème seulement dans le cas où les résultats seraient déterminés samedi ou dimanche, lorsque les marchés sont fermés. Car cela produirait un grand écart», avertit son directeur.