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Un «morning briefing» au Beau-Rivage Palace à Lausanne, en avril 2018.
© Yves Leresche

Carrière

Le briefing matinal, tout un art

De plus en plus d’entreprises font une courte séance avant que la journée ne commence vraiment. Un exercice humain et collectif, qui permet de motiver leurs équipes

C’est un rituel. Tous les jours, à 8h55, les employés du magasin lausannois Nature & Découvertes se réunissent autour de leur directeur, Damien Testud. Rapidement, il fait le point sur les résultats de la veille, rappelle les temps forts de la journée à venir et précise à chacun les tâches qu’il devra accomplir. «Cela donne le tempo de la journée», explique le directeur, qui mène ce briefing depuis l’ouverture de l’enseigne, il y a neuf ans. La réunion est rapide: à neuf heures pile, les portes s’ouvrent et les premiers clients arrivent.

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Nature & Découvertes n’est pas le seul commerce à avoir instauré ces briefings matinaux. Qui se balade dans les rues des villes romandes aux aurores apercevra derrière les vitrines des hommes et des femmes en petit groupe, un café à la main, écoutant les consignes d’un manager qui parle avec les mains. L’exercice a des fondamentaux: revenir sur les réussites ou les ratés de la veille, donner l’organisation de la journée et stimuler les collaborateurs. Il existe depuis des décennies dans l’hôtellerie, un secteur où le travail d’équipe est la clé de la réussite.

Communication «dans les deux sens»

Au Beau-Rivage Palace, on mène d’ailleurs des morning briefs à tous les étages. A 11h30 a lieu celui du Café Beau-Rivage, au moment où les serveurs arrivent, juste avant le début du service. Un moment incontournable pour Elisabeth Ernandez, qui officie en salle depuis un an et demi au sein de cet établissement gastronomique. «Le restaurant accueille beaucoup de V. I. P., donc tous les matins, on nous explique qui vient, à quelle table, et on nous rappele quelles sont les préférences de la personne, explique-t-elle. C’est aussi le moment de parler de la carte et de ses nouveautés ou ses spécificités, afin de pouvoir répondre par la suite aux questions des clients.» Elisabeth le précise: le briefing n’est pas unilatéral. «La communication va dans les deux sens. Les employés pointent aussi du doigt les problèmes qu’ils rencontrent ou les points positifs. Tout le monde a la parole.»

Pour le manager, c’est aussi un excellent moyen de prendre la température sur le terrain

Annika Månsson, fondatrice du cabinet de coaching «Happy at Work»

Avant de mener la séance, le responsable d’Elisabeth a lui-même assisté à un autre morning brief mené par son supérieur, Beat Ganz, directeur de la restauration au sein du groupe. Dans un milieu à la culture très hiérarchique, Beat Ganz tient à ce que cette séance matinale soit un moment «démocratique, où les gens peuvent dire ce qu’ils pensent. Car plusieurs têtes valent mieux qu’une.» Il termine toujours par des encouragements.

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Comment motiver ses troupes?

Annika Månsson, fondatrice du cabinet de coaching «Happy at Work», spécialisé dans le bonheur au travail, compare ces séances de motivation à la mi-temps d’un match de football, quand le coach réunit son équipe et lui insuffle l’énergie et l’esprit de la victoire. «Cette communication-là, rien ne pourra jamais la remplacer, pas même les robots, dit-elle. C’est l’humain qui donne du sens et nous fait avancer. Et pour le manager, c’est aussi un excellent moyen de prendre la température sur le terrain.»

Mais concrètement, comment motive-t-on ses salariés à se dépasser? S’ils reçoivent des commissions sur les ventes, la raison est toute trouvée. Mais si ce n’est pas le cas, comme dans beaucoup de commerces en Suisse romande, alors il faut faire appel à d’autres ressorts. Chez Nature & Découvertes, Damien Testud évoque souvent la notion de plaisir. «Je leur demande s’ils ont ri avec des clients, par exemple. Et puis je valorise toujours leur travail, car la motivation vient aussi de la reconnaissance. Et si quelqu’un s’est planté, on l’assume collectivement parce qu’on est une équipe. Quand c’est moi qui ai fait une erreur, je le leur dis aussi. Le brief sert avant tout à ça, à être transparent.»

Tout bon briefing se prépare

Philippe Dupraz, coach indépendant, donnera en octobre une formation au Centre patronal sur le thème «Motiver et responsabiliser ses collaborateurs». Pour lui, tout le monde ne fonctionne pas selon le même mécanisme. «Certains sont motivés par les défis, les challenges. D’autres par les sanctions qu’ils recevraient si cela se passe mal. Pour résumer, la carotte ou le bâton. C’est pourquoi il faut user un peu des deux, selon l’équipe que l’on a en face.» Un autre élément clé est la confiance qu’il faut avoir en ses collaborateurs, afin de leur donner envie de se donner pour l’équipe, pour un objectif commun.

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Au Swiss Vapeur Parc, le directeur Damien Fulbert fait lui aussi un briefing quotidien vers 9h30. Il comprend trois messages. «Les deux premiers sont toujours les mêmes, car ce sont nos priorités. J’insiste sur leur responsabilité par rapport à la sécurité du parc, notamment celle des trains, et leur mission vis-à-vis de l’accueil du client, note-t-il. Le troisième point varie selon les jours. Je peux revenir sur un événement de la veille ou alors je calme les frustrations. Par exemple, si l’équipe a beaucoup travaillé et que le parc n’est pas plein à cause de la météo, je répète que dès que le soleil sera là, le succès sera au rendez-vous.» Damien Fulbert n’improvise jamais: il sait que tout bon briefing se prépare. Et le soir, rebelote: un autre briefing a lieu pour clore la journée. Car le secret d’un briefing matinal réussi, c’est aussi d’avoir, une fois le dernier client parti, un bon débriefing…

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