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Verbier fait partie des stations suisses traditionnellement très prisées par les Britanniques.
© LEO DUPERREX

Suisse

Les Britanniques désertent les pistes de ski suisses

Une baisse de 9,7% de touristes d’outre-Manche est prévue pour la saison d’hiver. Le déclin n’est pas nouveau mais risque de s’accentuer cette année. Communes et agences touristiques ont pris des mesures pour limiter les pertes

La dévalorisation de la Livre sterling – plus de 17% depuis le 1er janvier –, accentuée par la décision du Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne, a considérablement réduit le pouvoir d’achat des Britanniques. Et cela va se ressentir cet hiver sur les pistes de ski en Suisse.

Dans la région de la Jungfrau (Oberland Bernois), Thomas Durrer, chef du tourisme à Lauterbrunnen, s’attend à une diminution de 15 à 20% du nombre de nuitées. Quant au Centre de recherches conjoncturelles de l’Ecole polytechnique de Zurich (KOF), il prévoit une baisse de 9,7%.

Difficile nouvelle pour le tourisme suisse

C’est une nouvelle peu réjouissante pour l’industrie touristique puisque ces hôtes historiques de la Suisse, grands amateurs de montagnes, représentent le troisième plus grand contingent de touristes étrangers dans le pays, après les Allemands et les Américains. Ils totalisent 1,6 million de nuitées par année selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), dont 802 027 en hiver. Avec le taux annoncé par le KOF, cela signifie qu’ils passeraient environ 77 800 nuits en moins en Suisse cet hiver par rapport à la saison 2015-2016. Habitués à un standing plutôt élevé en matière d’hébergement, cela représente un manque d’environ 60 millions de francs, rien que cette saison, d’après le KOF.

Mais, selon Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme, le scénario pourrait être moins dramatique: «D’après les retours que nous avons des tour-opérateurs britanniques, qui gèrent plus de 60-70% des réservations, nous estimons qu’un recul de 5% est réaliste pour autant que les conditions d’enneigement et de météo soient bonnes.»

Bien que les pronostics varient d’une personne à l’autre, la tendance reste à la baisse. Et elle se fait déjà ressentir dans les différentes stations de ski. Les régions de Zermatt, de la Jungfrau et de Verbier seront les plus touchées puisqu’elles sont les trois destinations favorites des Britanniques pour les sports d’hiver, d’après l’Office fédéral de la statistique (OFS).

Prudence britannique

La semaine dernière, l’office du tourisme de Verbier a mené un sondage parmi ses professionnels de l’hôtellerie: par rapport à la même période de 2015, les réservations reculent de 10 à 15%. «Les clients s’engagent à la dernière minute pour être sûrs qu’il y aura de la neige», explique Vincent Riba, responsable de la communication de la station bagnarde. D’après lui, la nouveauté de cette saison hivernale est le manque de réservations pour la période de Noël. «La clientèle britannique sera toujours fidèle à la Suisse», estime-t-il. Constats identiques dans la région de la Jungfrau.

Quant au plus grand tour-opérateur de ski britannique, Crystal Holidays, il a noté une réorientation des départs vers les pays scandinaves ainsi qu’une anticipation des réservations en matière d’abonnements de ski et de location de matériel.

Brexit, seul fautif?

D’après Angus Kinloch, directeur de l’agence de voyages spécialisée SkiLine, ce n’est pas le Brexit qui a le plus grand impact sur ses compatriotes mais plutôt le mauvais souvenir des deux derniers hivers sans neige et les grandes fluctuations des cours de change entre monnaies. Il a remarqué une diminution du nombre de réservations tout de suite après la décision du Brexit. Mais celles-ci recommencent à prendre de l’ampleur aujourd’hui. «Les fans de ski trouveront toujours une excuse pour aller skier. Ils n’iront peut-être qu’un week-end au lieu d’une semaine entière et opteront pour des locations moins luxueuses», pense son directeur, Angus Kinloch.

L’affaiblissement de la livre sterling n’a cependant pas commencé en raison du Brexit, tout comme la baisse générale du nombre de touristes britanniques en Suisse. Crystal Holidays a relevé une diminution de 25% des réservations depuis 2007.

Effets négatifs limités

Verbier, dont 60% de ses nuitées touristiques sont générées par des résidents d’outre-Manche, devrait trouver des solutions pour combler la baisse constante de sa clientèle majoritaire. La commune de Bagnes a, depuis quelque temps, prospecté d’autres marchés: «Il faut viser les pays où le franc suisse est resté fort, comme les nations scandinaves, les Etats-Unis et la Chine», explique Vincent Riba. «Le Brexit ne fait que confirmer la nécessité de notre nouvelle stratégie de diversification», ajoute-t-il.

D’autres stations, comme Gstaad, ont choisi de ne pas aller chercher une nouvelle clientèle mais de renforcer leurs efforts de communication sur le marché britannique. Quant à l’hôtellerie de luxe, elle s’est attelée à faire venir les groupes et les entreprises.

Anticipation de certaines entreprises britanniques

Les Suisses ne sont toutefois pas les seuls à avoir anticipé l’impact de la baisse de la livre. Dès l’annonce du Brexit, plusieurs entreprises britanniques, telle que Crystal Holidays, ont contracté des assurances pour se protéger des fluctuations de change. Ce qui leur permet, pour cette année du moins, de ne pas voir leurs prix augmenter trop fortement.

Selon Suisse Tourisme, ces entreprises auraient également compensé la baisse du pouvoir d’achat de leurs clients britanniques en proposant, avant le vote du Brexit, des offres tout compris ainsi que des rabais. Des mesures qui semblent être efficaces car le recul des nuitées des touristes d’outre-Manche pour la saison d’hiver est contenu, pour l’heure, à environ 4-5%, soit moitié moins que les prévisions du KOF.

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