Tous les analystes en convenaient mardi matin à la City, les chiffres trimestriels publiés avant l'ouverture de la Bourse de Londres par British Airways les ont laissés admiratifs: avec un bénéfice avant impôt de 245 millions de livres (559 millions de francs), et un profit net de 152 millions, soit huit fois mieux qu'à pareille époque l'an dernier, la plus grande compagnie aérienne britannique en termes de flotte et de passagers a dépassé les attentes du marché. Pourtant, celui-ci a sanctionné le titre BA, qui a clôturé en baisse de 8%. Un recul technique (les hedge funds qui avaient poussé le titre ces trois derniers jours ont fermé leurs positions), mais qui traduit aussi les incertitudes persistantes qui bouchent encore le ciel pour l'ensemble du secteur.

Rod Eddington, le patron de British Airways, affichait un optimisme prudent lors d'une conférence téléphonique destinée à commenter les résultats du deuxième trimestre de l'exercice en cours: «Tant que l'incertitude politique existe, étant donné ce qui se passe au Moyen-Orient, il est difficile de dire quand nous verrons une hausse des revenus. Nous restons d'avis que malgré une stabilisation des affaires, nous n'allons pas voir des hausses significatives avant que la menace d'une guerre (en Irak) soit levée.» Pour le patron australien de BA, le retour prévu dans les chiffres noirs sur l'année, après un exercice précédent marqué pour la première fois en quinze ans de privatisation par une perte, est du reste lié au non-déclenchement d'une action militaire contre Bagdad.

Cette prudence se traduit une nouvelle fois par la suspension d'un dividende, qui ne sera versé que lorsque l'environnement des affaires sera plus stable, a précisé John Rishton, Chief Financial Officer du transporteur britannique. A la radio, Rod Eddington a toutefois laissé entendre que l'ensemble du secteur aérien, éventuel conflit irakien mis à part, avait passé sa période la plus dure et était sur la voie de la guérison.

Pour BA, le programme de restructuration «Future Size and Shape» a donc porté ses fruits plus vite et mieux que prévu. A peine à la moitié de l'effort qui doit durer deux ans, la réduction de 10% de l'offre et la suppression de 8000 emplois sur les 13 000 qui doivent disparaître d'ici à mars 2004 ont permis une nette baisse des coûts: – 14,1% à l'opérationnel, – 15% pour les frais de personnel et – 32,2% pour le kérosène, où BA a particulièrement bien géré les achats à terme et les couvertures (hedging).

Analyste spécialisé chez Barclays, Anthony Cros tempère tout enthousiasme exagéré: «Les deux premiers trimestres sont traditionnellement plus favorables que les deux derniers. Il faudra voir si BA est capable de ne pas sortir du cash au deuxième semestre, et si un bénéfice opérationnel est possible sur l'exercice entier. Fondamentalement, la position de British Airways demeure inconfortable, d'autant que les rumeurs de désertion d'Iberia vers l'alliance d'Air France – en même temps que Northwest – se précisent.»

Les marchés continuent donc de privilégier les compagnies low-cost, dont la santé a été une nouvelle fois démontrée mardi par la publication des chiffres des passagers chez Ryanair, qui a transporté 37% de personnes de plus que l'an passé au mois d'octobre, soit 1,38 million de passagers. Plus significatif encore, le taux d'occupation des avions a gagné 4% à 89%, un record «encourageant», pour un analyste de Merrion Stockbrokers, une des nombreuses banques à afficher une recommandation d'achat sur la compagnie irlandaise. Lundi, Ryanair avait annoncé une hausse de 73% du profit trimestriel à 112 millions d'euros, et le titre avait bondi de 14% à 7,55 euros – il a subi quelques prises de bénéfices mardi.

Le relatif optimisme entourant British Airways – et d'autres compagnies long-courriers – pourrait aussi être battu en brèche par le procès qui s'est ouvert mardi à Londres. 56 plaignants attaquent 28 compagnies aériennes devant la Haute Cour de Londres pour ne pas avoir prévenu les passagers des risques de thrombose artérielle (DVT), une affection connue aussi sous le nom de syndrome de la classe économique – une position assise et confinée sur une longue période peut provoquer la formation de caillots mortels. Les plaignants espèrent classifier cette affection au rang «d'accident», afin que la Convention de Varsovie qui régit depuis septante ans les litiges entre compagnies et passagers soit appliquée. Les compagnies aériennes semblent confiantes dans l'issue d'un procès qui fera jurisprudence.