«Je vous fais remarquer que Oneworld possède déjà quatre compagnies aériennes en Europe. Par ailleurs, nous sommes intéressés par la croissance de notre profitabilité, pas de notre réseau à tout prix.» Porte-parole de British Airways, Michael Blunt ne commente pas les «rumeurs» de discussions avec SAirGroup. Ses réponses sont pourtant lourdes de sens. S'agit-il de noyer le poisson? Certains analystes le pensent, d'autres sont convaincus que BA n'a aucun intérêt à se poser en sauveur de Swissair.

British Airways vole de nouveau dans un ciel dégagé, après son seul exercice déficitaire en treize ans de privatisation (625 millions de francs de pertes avant éléments exceptionnels). Au troisième trimestre, le résultat avant impôts de l'année fiscale actuelle atteint 65 millions de livres (162,5 millions de francs). Le nouveau patron australien, Rod Eddington, a accéléré la politique de resserrement introduite par Bob Ayling. L'ancien CEO avait été débarqué l'an dernier, le conseil d'administration lui ayant reproché l'échec de son projet de rapprochement avec American Airlines, bloqué par les autorités de la concurrence des deux côtés de l'Atlantique.

Piégée par la surcapacité de son réseau, BA cherche désormais à se recentrer sur les passagers de classe affaires et sur les destinations à fort potentiel contributif. Mille emplois seront supprimés à Gatwick, le second aéroport de Londres, les structures des filiales franchisées ont été verticalisées, tandis que le renouvellement de la flotte privilégie des long-courriers plus petits afin d'élever le niveau de rentabilité des vols. Ce qui fait dire à un analyste londonien que, si d'aventure Swissair se rapprochait de BA, «l'essorage» de la compagnie suisse serait «drastique». Et de faire remarquer que les activités connexes de SAirGroup sont nettement plus attractives.

BA a réaffirmé son engagement au sein de l'alliance Oneworld (qui comprend American Airlines, Aer Lingus, Iberia, Finnair, Cathay Pacific, Qantas et Lan Chile). BA possède 25% de Qantas, 9% d'Iberia, 18% de ComAir (une franchise régionale sud-africaine) et 100% de Deutsche BA, sa filiale régionale allemande. «Nous avons pu nous débarrasser d'Air Liberté l'an dernier», rappelle Michael Blunt… Pour l'heure, les leaders de Oneworld tentent de convaincre Japan Airlines de rejoindre leur alliance, afin de combler une lacune en Extrême-Orient.