Gouvernance

Pour Bruno Le Maire, l’Europe reste très vulnérable

Le ministre français des Finances présentait mardi son livre «Le nouvel empire. L’Europe du vingt et unième siècle». Son constat? L’Union européenne n’est toujours pas sortie de la crise financière de 2008

Après Bercy, le Berlaymont? Interrogé mardi sur son éventuelle candidature à un poste de commissaire européen qui le verrait quitter cet automne le siège du Ministère français des finances pour celui de l’exécutif communautaire à Bruxelles, Bruno Le Maire a botté en touche, esquivant d’une formule sur l’Union européenne (UE) qui «oublie parfois trop ses talents».

Difficile, pourtant, de ne pas voir une forme d’appel dans son livre Le nouvel empire. L’Europe du vingt et unième siècle publié à quelques semaines des élections européennes du 26 mai. D’autant que la réforme de la zone euro et ses chantiers collatéraux (union bancaire, capacité budgétaire commune) demeurent selon lui «encore inachevés» et que le temps presse.

Le constat le plus inquiétant dressé par ce ministre français germanophone, qui démarra sa carrière politique comme secrétaire d’Etat aux Affaires européennes (2008), est la vulnérabilité économique et financière de l’UE à l’heure du chaotique Brexit britannique et du risque d’une sortie du Royaume-Uni sans accord d’ici au 12 avril: «La zone euro n’est pas en mesure de résister à une nouvelle crise. […] Nous n’avons pas dépassé la crise de 2008. Elle n’est pas complètement derrière nous», a-t-il asséné mardi à Paris, martelant la nécessité, pour l’Union, de retrouver d’urgence une «souveraineté technologique […] pour ne pas être broyée comme une noix entre la Chine et les Etats-Unis».

Les batteries pour sauver l’automobile

Exemples de chantiers pour une souveraineté européenne retrouvée? Les batteries des futurs véhicules électriques, et l’intelligence artificielle embarquée pour le guidage des voitures autonomes. «La souveraineté européenne est singulière. C’est un mélange de souveraineté nationale et de souveraineté communautaire qui doit permettre à chaque pays membre d’assumer sa part dans un grand projet, poursuit Bruno Le Maire. Les batteries, par exemple, représenteront à l’avenir un tiers du coût des véhicules électriques. Ne pas avoir un leadership européen dans ce domaine, c’est signer à terme la fin de notre industrie automobile. Idem sur la question de la mobilité et de la gestion des données en mouvement. Ce sont des urgences industrielles et technologiques…»

Le ministre, qui a défendu l’instauration d’une taxe française sur les géants du numérique à partir du 1er janvier, faute d’un accord à 27 à Bruxelles, pointe également les dangers du Cloud Act promulgué en mars 2018, qui permet aux Etats-Unis d’accéder aux données stockées sur les serveurs des entreprises américaines, y compris à l’étranger: «Il faut répondre là aussi en urgence. C’est une atteinte de plus à notre souveraineté commune.»

Des nouvelles fractures

Retour sur les crises que doit affronter l’Union européenne, alors que la campagne électorale s’engage et que la liste pro-Macron vient d’être dévoilée en France: «Sur le plan financier, le renforcement de la zone euro et de la monnaie commune demeure la priorité, poursuit Bruno Le Maire. La fracture Nord-Sud n’est plus selon moi la fracture décisive. C’est entre l’Europe de l’Ouest et de l’Est que cela va se jouer. Là, le rattrapage économique et les chantiers d’infrastructures ne suffisent plus.»

La leçon à tirer? «On ne peut pas continuer de prôner une Europe à plusieurs vitesses sans réfléchir aux conséquences: pour beaucoup de pays, ce concept est une façon déguisée pour la France de dire qu’elle restera dans le wagon de tête. Il faut faire le choix des projets communs avec les nouveaux pays membres, en particulier avec un pays comme la Pologne. Au-delà de la monnaie et de notre vulnérabilité financière, le plus grand danger pour l’UE est que nos mémoires ne s’accordent pas. Les fractures culturelles et mémorielles, en nourrissant les populismes, augmentent les risques économiques.»

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