Sanctions

Le brut vénézuélien, si cher aux Etats-Unis

Un embargo pétrolier contre le Venezuela n’est pas à l’ordre du jour. Première source d’approvisionnement, le pays fournit 10% des besoins pétroliers des Etats-Unis. Et l’industrie américaine n’entend pas tourner le dos au pays qui dispose des plus grandes réserves mondiales

L’industrie pétrolière américaine est opposée à un embargo sur l’importation du pétrole vénézuélien aux Etats-Unis. Pourtant, au lendemain de l’arrestation de Leopold Lopez et d’Antonio Ledezma, deux figures de proue de l’opposition, de nombreuses voix s’élèvent à Washington et réclament des sanctions économiques fermes afin de faire plier la «dictature» qui se met en place à Caracas. A ce stade, l’administration américaine a interdit treize notables proches du pouvoir ainsi que le président Nicolas Maduro de sol américain et ordonné la saisie de leurs avoirs aux Etats-Unis.

«Même au pire moment de la Guerre froide, il n’y a pas eu d’embargo sur le gaz russe, fait d’emblée ressortir Jean-Jacques Durand, gérant senior dettes et devises émergentes chez Edmond de Rothschild Asset Management. Les intérêts économiques sont toujours supérieurs à la motivation politique. Pour cause, le Venezuela est le premier fournisseur de brut aux raffineries américaines.» Et d’ajouter: «Un embargo aurait des conséquences négatives dans les deux pays.»

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Dans les faits, le Venezuela fournit 10% des besoins américains. Les pétroliers livrent du brut aux raffineries situées sur la côte, près du Mexique. Ces dernières ont investi des millions dans des installations spéciales en vue de traiter le brut vénézuélien, qui est particulièrement sulfureux.

Les plus grandes réserves

Selon des chiffres publiés par le Financial Times de mardi, les sept plus grandes raffineries (Citgo, Valero, Chevron, Philips 66, Paulboro Refining, Motiva, Marathon et Houston) achètent chacune entre 25 000 et 200 000 barils de brut par jour (b/j). Les quantités importées sont en baisse depuis plusieurs années, mais elles restent importantes. Dans l’ensemble, la production de brut a baissé à 1,9 million de b/j, contre 2,5 millions en 2014. D’autres sources d’approvisionnement sont certes possibles, mais à des coûts supérieurs. Par ailleurs, l’industrie pétrolière américaine, y compris les fournisseurs d’équipements, ne souhaite pas tourner le dos au Venezuela. Ce pays dispose des plus grandes réserves mondiales de brut, devant l’Arabie saoudite.

Pour Jean-Jacques Durand, un embargo sur le pétrole frapperait le Venezuela de plein fouet, qui en dépend jusqu’à 95% pour ses recettes en devises. «De surcroît, il donnerait un argument de propagande au pouvoir en place et radicaliserait encore plus la population contre les Etats-Unis, dit-il. Il faut plutôt favoriser une médiation qui favoriserait une transition politique. Plus on isole le pays, plus le pouvoir manipulera l’opinion vénézuélienne à son avantage.»

Un embargo ferait bondir les cours

«Inévitablement, un embargo ferait bondir les cours du baril, poursuit Jean-Jacques Durand. Il y aurait alors des conséquences en cascade. Caracas se trouverait alors dans une situation difficile pour rembourser sa dette, même si, grâce à ses réserves d’or noir, le pays jouit d’une appréciation positive.» Ainsi, alors même que le pays est plongé dans une crise politique sans précédent, avec plus d’une centaine de morts et plusieurs centaines d’arrestations arbitraires, la banque américaine Goldman Sachs n’a pas hésité à prêter 2,8 milliards de dollars (2,7 milliards de francs) début juillet à PDVSA, la compagnie pétrolière vénézuélienne publique.

Selon des chiffres publiés par l’agence Bloomberg, les réserves en devises du pays continuent à fondre, atteignant 10 milliards de dollars, soit son plus bas niveau depuis quinze ans. Caracas doit régler des créances de 4,8 milliards jusqu’en décembre 2017.

Vote de dimanche manipulé

Sur place, l’opposition vénézuélienne a reporté de mercredi à jeudi une manifestation qu’elle a prévu d’organiser afin qu’elle coïncide avec l’installation de l’Assemblée constituante, dont la formation a été votée dimanche. La colère est d’autant plus grande que mercredi, l’entreprise informatique chargée du vote a annoncé que les chiffres de participation à l’élection avaient été «manipulés».

Pour sa part, l’Union européenne envisage «un éventail d’actions» pour pousser les autorités du Venezuela à discuter avec l’opposition d’une sortie de crise, mais ne devrait pas à ce stade menacer le régime du président Nicolas Maduro de sanctions.

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