La société japonaise Nintendo a-t-elle constitué un cartel avec sept de ses distributeurs dans l'Union européenne pour écouler à un prix artificiellement élevé sa célèbre console de jeux vidéo Game Boy? La Commission de Bruxelles en est convaincue. Assurant détenir des preuves irréfutables, le «gendarme» de la concurrence en Europe a ouvert vendredi une enquête qui pourrait se solder par une amende salée, en espèces sonnantes et trébuchantes, pour le géant nippon.

«La Commission européenne doit protéger le public contre les pratiques commerciales qui visent à maintenir artificiellement les prix à un niveau élevé. Les familles européennes dépensent des millions chaque année en jeux vidéo et nous voulons veiller à ce qu'elles ne soient pas victimes d'escroquerie», a déclaré le commissaire à la Concurrence, Mario Monti. De fait, les enfants - petits et grands... - s'arrachent littéralement les consoles et autres jeux vidéo de Nintendo, qui se dispute la place de numéro un mondial sur le marché avec Sony. Son fameux Game Boy a fait un véritable carton: il s'en est vendu, en 1997, plus de 55 millions d'exemplaires de par le monde, ce qui en fait la console portable la plus populaire. Rien qu'en Europe, plus de dix millions de foyers se sont équipés la même année de consoles dites avancées, du type de la PlayStation de Sony ou de la N64 produite par Nintendo.

Ce boom a donné des idées à la firme japonaise et à ses importateurs en Europe. Suite à une enquête préliminaire «de grande envergure» lancée en 1995 déjà, la Commission affirme qu'ils se sont entendus pour se partager le marché. Chaque entreprise disposait d'une partie du territoire de l'Union pour écouler les produits Nintendo. Elles coopéraient de surcroît étroitement pour empêcher les importations parallèles. Elles ont ainsi pu gonfler artificiellement leurs prix, qui varient du simple au double selon les pays.

La Commission a fait part de ses soupçons dans une «communication des griefs» adressée à Nintendo et ses distributeurs. Ils disposent d'un délai de deux mois pour y répondre. Après quoi, Bruxelles devra juger s'il y a bien eu entente illégale sur les prix, une pratique contraire à la libre concurrence entre les Quinze. Le cas échéant, la marque japonaise risque une amende pouvant aller jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires. Il a atteint 3,8 milliards d'euros (6 milliards de francs) en 1998.