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Bruxelles est agacée face à Madridqui retarde le sauvetage de ses banques

L’Espagne a officiellement demandé lundi l’aide de la zone euro pour secourir son système financier. Les détails du plan attendront cependant le 9 juillet

A quoi jouent Mariano Rajoy et Luis de Guindos? A Bruxelles, les tergiversations du chef du gouvernement espagnol et de son ministre des Finances ont largement occulté, lundi, la demande officielle d’aide enfin déposée par l’Es­pagne.

C’est par une lettre en anglais adressée au président de l’Eurogroupe – la réunion des grands argentiers des dix-sept pays dotés de la monnaie unique – que Luis de Guindos a confirmé la requête formelle d’une «assistance pour recapitaliser les entités financières espagnoles qui en auront besoin». «Le choix de l’instrument utilisé» n’est pas encore fixé et «tiendra compte de différentes options», poursuit le courrier, en référence aux interrogations sur le recours au Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou au futur Mécanisme européen de stabilité (MES).

A quelques jours du sommet européen très attendu des 28 et 29 juin à Bruxelles, ni le montant de cette aide ni ses modalités concrètes ne sont toutefois fixés. Réponse seulement le 9 juillet, pour la prochaine réunion de l’Eurogroupe. Ce qui a aussitôt attisé les suspicions sur l’état réel du système bancaire espagnol, et sur les réticences de Madrid à accepter toute forme de conditionnalité et de lien entre renflouement des banques et réformes structurelles. Alors que les deux audits indépendants des banques ibériques ont évalué la semaine dernière à 62 milliards d’euros le montant maximum requis, une étude de l’observatoire Open Europe publiée lundi avance, elle, le chiffre de 110 milliards, supérieur à la ligne de crédit de 100 milliards promise par la zone euro le 9 juin.

Interpellée, la Commission européenne s’est employée à corriger le tir. Pas question, d’ici au 9 juillet, de laisser le gouvernement espagnol décider seul des conditions et de la nature du plan d’aide. Même s’il ne s’agira pas d’une troïka formelle, comme pour le cas des pays jusque-là secourus (Grèce, Portugal, Irlande), des experts de la Commission et de la Banque centrale européenne vont se rendre à Madrid où ils retrouveront leurs collègues du Fonds monétaire international. La conditionnalité portera, explique-t-on à Bruxelles, d’abord sur la ­régulation, la supervision et la réglementation bancaire. La chancelière allemande Angela Merkel avait, lors du mini-sommet de Rome vendredi, questionné ouvertement les informations données par le régulateur bancaire espagnol, s’inquiétant de devoir «donner de l’argent pour les banques» sans avoir le moindre droit de regard sur leurs opérations et leurs ressources propres.

Sanctionnée par une nouvelle baisse brutale des bourses, l’attente imposée par l’Espagne – et les spéculations qui vont avec – intervient en outre au moment où, comme prévu, un cinquième pays lance un SOS financier à la zone euro. Juste avant d’assumer le 1er juillet la présidence semestrielle tournante de l’Union européenne, Chypre a, à son tour, sollicité un prêt pour venir au secours de ses banques exposées à la dette souveraine grecque. Son montant pourrait atteindre 5 milliards d’euros. Selon l’agence de notation Fitch, qui avait dans la matinée dégradé la note souveraine du pays de BBB- à BB+ (catégorie spéculative, comme le Portugal), les besoins des autorités insulaires pour renflouer un secteur bancaire à l’importance disproportionnée en raison de l’afflux de capitaux étrangers (Russie, Balkans, Grèce, Proche-Orient) s’élèveraient à environ 4 milliards d’euros.

Pour la Commission, pas question de laisser le gouvernement Rajoy travailler seul pendant 15 jours

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