Commerce

Bruxelles apprend à s’affirmer face à la Chine

Le 21e sommet Chine-Union européenne a lieu ce mardi à Bruxelles sur fond de méfiance. Les dirigeants européens entendent se montrer intransigeants. Un analyste met le doigt sur les divisions au sein de l’UE

Le 21e sommet Chine-Union européenne, qui se tient ce mardi à Bruxelles, ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Selon des sources sur place, les dirigeants européens se sont déjà faits à l’idée d’un échec. La balle serait maintenant dans le camp chinois: les Européens exigent des engagements fermes et des échéances précises pour les réaliser. «Dans le passé, la Chine a fait des promesses, mais ne les a toujours pas respectés», rappelle Mikko Huotari, vice-directeur du Mercator Institute for China Studies (Merics) à Berlin.

L’UE demande avant tout de la réciprocité. Les deux puissances négocient un accord sur les investissements depuis dix ans, sans résultat. Lasse, l’UE veut fixer un délai maximal, jusqu’en 2020, pour conclure un accord. En effet, la Chine ferme de nombreux secteurs (infrastructure, défense, finance) aux investisseurs étrangers. Dans d’autres cas, elle exige que ces derniers s’associent avec des partenaires locaux pour obtenir une licence.

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«Plus durs, plus intransigeants»

C’est le premier ministre chinois Li Keqiang qui mènera les négociations avec les dirigeants européens. Le sommet intervient dix jours après la rencontre à Paris entre le président chinois Xi Jinping et le président français accompagné de la chancelière allemande Angela Merkel et du président de la Commission Jean-Claude Juncker.

A ce stade, le projet d’accord négocié par les sherpas n’est pas acceptable du côté européen. Selon Mikko Huotari, Bruxelles a récemment changé de stratégie en matière de négociations avec la Chine. «Les dirigeants veulent être plus durs et plus intransigeants dans le but de rééquilibrer les relations commerciales avec l’Empire du Milieu», observe-t-il. En 2018, l’UE a importé pour 375 milliards d’euros des produits et services chinois alors qu’elle en a exporté pour seulement 198 milliards.

Fin de non-recevoir

Les Européens n’entendent pas non plus lâcher du lest sur la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ils affirment que certaines règles, notamment en matière de subventions industrielles et d’entreprises d’Etat, favorisent la concurrence déloyale de la part des exportateurs chinois. Dans un autre registre, Bruxelles insiste pour que la Chine reconnaisse une centaine de produits bénéficiant du label «Appellations d’origine protégées». Selon des diplomates, Pékin en accepterait 79, laissant les 21 autres cas en suspens. Les diplomates européens y ont opposé une fin de non-recevoir.

A la demande de l’Allemagne, l’UE exigera plus de transparence sur l’initiative chinoise dite des nouvelles Routes de la soie. La France, elle, réclame que la Chine renouvelle le mandat du Forum mondial de la sidérurgie. Les Européens, comme les Américains, accusent la Chine d’inonder le marché mondial de l’acier et de mettre leurs entreprises en difficulté.

Influence chinoise

Un autre facteur, et pas le moindre, soulève la méfiance des Européens. Selon eux, la Chine fait tout pour diviser les Etats de l’UE. «Pékin préfère en effet traiter bilatéralement avec les Etats, même si elle se rend compte que Bruxelles est de plus en plus incontournable, analyse Mikko Huotari. Nous constatons que la Chine ne cesse de croître son influence en Europe.» Et d’ajouter: «Certains pays de la périphérie développent une certaine dépendance vis-à-vis de la Chine.»

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Les exemples où l’empreinte chinoise s’est manifestée dans les affaires internes européennes sont nombreux. En 2017, la Hongrie a fait diluer un texte européen qui condamnait Pékin pour le non-respect d’un verdict du Tribunal international de la mer en faveur des Philippines concernant la mer de Chine. L’année suivante, c’est la Grèce qui a obtenu que l’UE minimise la question de la violation des droits humains en Chine. Et enfin, le mois dernier, l’Italie a passé outre Bruxelles et a signé un accord pour intégrer le projet chinois des nouvelles Routes de la soie.

Une diplomatie chinoise plus sophistiquée

Bruxelles se méfie aussi de l’initiative 16+1 (16 pays d’Europe de l’Est et centrale, membres ou pas de l’UE) et la Chine. Du reste, le groupe se réunit en sommet ce mercredi à Dubrovnik. Le premier ministre chinois devrait signer plusieurs accords d’investissement, dont l’ouverture d’un centre d’aide et de promotion pour les PME. «Une telle tâche aurait dû revenir à la Commission», souligne Mikko Huotari.

Une alliance transatlantique contre la Chine? «Il n’y a aucune coordination, avance le vice-directeur de Merics. Mais il est bon de constater que les Etats-Unis mettent la pression sur Pékin.» Toutefois, selon le chercheur, l’UE n’approuve sans doute pas les instruments (tarifs et autres barrières commerciales) qu’utilise Washington car ces derniers vont à l’encontre du système commercial multilatéral.

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Enfin, selon Mikko Huotari, la difficulté de l’UE vient du fait qu’elle n’est pas un groupe homogène. Tous les Etats ne défendent pas les mêmes intérêts. L’Allemagne par exemple dépend de ses exportations, notamment en Chine. Et de conclure: «La Chine est devenue plus sophistiquée en matière de diplomatie et de négociations internationales et, désormais, elle sait exploiter nos faiblesses.»

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