Faire confiance à Rome et à Madrid, et patienter encore quelques semaines pour la mise en œuvre du second plan de sauvetage de la Grèce adopté par les dirigeants de la zone euro le 21 juillet dernier: les recommandations formulées ce matin à Bruxelles par le commissaire européen chargé des Affaires économiques Olli Rehn ne paraissent guère de nature à ramener le calme sur les marchés boursiers, de nouveau en chute vendredi. Ce dernier a répété que les autorités italiennes «tiendront le cap d’un budget en équilibre en 2014» et que l’Espagne «a fait des progrès majeurs en termes de consolidation bancaire». Sans grand impact: vers midi, Londres reculait de 2,16%, Paris de 1,14%, Francfort de 2,48% et Milan de 0,38%. A contre-courant de la tendance, Madrid évoluait dans le vert à + 0,12%. L’angoisse est aussi palpable en Asie où Tokyo a dévissé vendredi de 3,72% et Hong Kong de 4,29%.

La décision du commissaire finlandais de convoquer une conférence de presse urgente pour redonner les détails du plan européen adopté voici exactement deux semaines par les chefs d’Etat ou de gouvernement des dix-sept pays membres dotés de la monnaie unique est, en soi, très révélatrice. L’exécutif communautaire, à Bruxelles, est dans le collimateur depuis que son président, José Manuel Barroso, a adressé mercredi une lettre aux dirigeants de la zone euro pour prôner une «réévaluation immédiate des capacités du Fonds européen de stabilité financière» (EFSF) et la mise en œuvre la plus rapide possible des mesures prises lors du sommet.

L’impression d’un vide politique s’est en plus accrue jeudi avec la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de recommencer à acheter de la dette souveraine du Portugal et de l’Irlande, deux pays placés sous perfusion financière de l’UE. Pour rassurer, le commissaire Olli Rehn a redit ce matin à Bruxelles que les experts de la Commission, de la BCE et de l’EFSF travaillent «nuit et jour» pour que le Fonds puisse au plus vite lui aussi intervenir sur le marché secondaire des titres obligataires. «Nous avons besoin de quelques semaines pour que les dix-sept parlements nationaux approuvent ces nouveaux mécanismes. Je le répète: des semaines, pas des mois», a martelé le principal responsable économique de la Commission. Tout en refusant de se prononcer sur le montant de l’augmentation nécessaire de la capacité d’emprunt de l’EFSF, actuellement plafonnée à 440 milliards d’euros.

Plus préoccupant encore: M. Rehn a reconnu ne pas avoir de «propositions concrètes et immédiates» pour stopper l’hémorragie boursière qu’il a attribuée «à un mélange de peur et de cupidité». «L’attente nécessaire est le prix à payer dans un processus démocratique», a-t-il argumenté. La Commission européenne table sur la finalisation du second plan d’aide à la Grèce et des nouveaux contours du futur «Fonds monétaire européen» au début septembre. Les Etats membres et le Parlement européen devraient aussi, à ce moment-là, s’entendre sur le paquet des six directives législatives visant à améliorer la gouvernance économique de l’Union en instaurant des sanctions plus sévères et automatiques en cas de dérapage budgétaire. «Nous pensons que les investisseurs reprendront confiance lorsqu’ils auront pris conscience de l’ampleur des changements proposés», a complété Olli Rehn.

Cette intervention à Bruxelles ne peut toutefois pas faire oublier que malgré tous ces avertissements et propositions, la Commission européenne n’est pas décisionnaire en matière économique. C’est au niveau des Etats membres que tout se joue, et la multiplication des conférences téléphoniques ce jour entre Paris, Berlin, Rome et Madrid, montre que les marchés attendent avant tout des réponses nationales crédibles. La difficulté vient aussi du fait que l’Union européenne, malgré l’urgence, continue de parler à plusieurs voix. La lettre de José Manuel Barroso est ainsi intervenue alors que, de son côté, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy prépare pour la fin août des propositions sur une réorganisation de la zone euro aujourd’hui présidée… par le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Un organigramme peu propice à une prise de décision limpide et rapide comme l’exige pourtant l’actuelle instabilité financière mondiale.