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Suisse ou européens, les producteurs laitiers se plaignent des bas prix d'achat imposés par les supermarchés
© Jean-Christophe Bott/Keystone

Alimentaire

Bruxelles déclare la guerre aux supermarchés

Alors qu’en Suisse, les producteurs agricoles sont bien seuls face à la toute-puissance des grands acheteurs, la Commission européenne envisage un projet de loi pour leur imposer un juste prix. En Europe comme en Suisse, des fermes disparaissent chaque jour

Dans la confrontation qui oppose les producteurs agricoles aux supermarchés, l’Union européenne (UE) abandonne sa position d’arbitre neutre et prend désormais parti contre ces derniers. Dans une charge sans ambiguïté prononcée vendredi dernier devant des paysans à Dublin, le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, a annoncé un projet de loi pour «protéger les paysans du diktat des grands commerces de détail. Les supermarchés jouissent d’une superpuissance liée aux effets de la globalisation et à leur forte concentration en Europe. Cette situation leur donne un pouvoir disproportionné de marchandage.»

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Augmenter la capacité de négociations des paysans

Phil Hogan présentera son projet de loi début 2018. Son objectif: améliorer la transparence des prix, augmenter la capacité de négociations des paysans afin de combattre, notamment, la politique de paiement tardif des factures par les supermarchés, et mettre fin aux contrats de livraison mal négociés. Selon Politico, journal en ligne publié à Bruxelles, un groupe d’experts qui s’est penché sur le sujet recommande des amendes pour les enseignes n’offrant pas des prix équitables à leurs fournisseurs agricoles.

Le quartier européen de Bruxelles est régulièrement occupé par des milliers de paysans européens protestant contre les bas prix imposés par les grands acheteurs. Dans les pays membres, il n’est pas rare de voir les producteurs de lait ou de fruits en déverser des tonnes dans les lieux publics pour attirer l’attention sur leur sort. En France, les trois grandes surfaces – Carrefour, Leclerc et Intermarché, détiennent 55% des parts de marché de produits agricoles. Au Royaume-Uni, Tesco, Sainsbury’s et Asda en contrôlent 60%.

La bagarre en Suisse

Le sort des producteurs agricoles en Suisse, plus particulièrement les petits, n’est pas très différent de celui de leurs collègues européens. La bagarre entre la filière laitière et les supermarchés (Migros, Coop) dure depuis des années et de nouvelles mobilisations devraient avoir lieu ces prochains mois. «Une entente n’est pas possible aussi longtemps que les grands acheteurs ne cessent de nous brandir la menace d’aller s’approvisionner à l’étranger à moindre prix qu’en Suisse, dénonce Pierre-André Tombez, président de l’Alliance suisse pour la souveraineté alimentaire, qui regroupe quelque 270 paysans suisses. Face à un tel chantage, nous n’avons aucun pouvoir de négociation.»

Producteur céréalier, il déclare ne pas pouvoir compter sur les autorités suisses pour faciliter un accord entre les paysans et les supermarchés. «La Confédération reste les bras croisés alors que trois fermes disparaissent chaque jour en Suisse. Elle favorise les grandes surfaces, ce qui mène à davantage de production et, par conséquent, à une baisse des prix.» Pour Berne, c’est le marché qui fixe les prix et ses interventions se limitent aux paiements directs pour soutenir l’agriculture suisse.

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Pour leur part, les supermarchés suisses, Migros en particulier, veulent se montrer plutôt conciliants envers le monde agricole. «Les différends occasionnels entre Migros et le lobby paysan, résultats de divergences d’intérêts, n’entravent en rien la bonne coopération entre les parties», écrit la direction en préambule à une publication qui porte sur les relations entre l’opérateur orange et les agriculteurs suisses. Messages essentiels: 70% des denrées alimentaires vendues dans les magasins du groupe sont d’origine suisse et celui-ci achète 20% de la production totale de l’agriculture suisse.

Pressions d’organisations paysannes

Il n’empêche que les paysans suisses contestent la position de Migros avec vigueur. Selon Pierre-André Tombez, la coopérative refuse de participer à la plateforme de l’Interprofession du lait qui est censée travailler sur une entente entre gros acheteurs et producteurs. Réponse de Migros: «Nous offrons déjà plus que le prix proposé par la plateforme et aucun de nos produits n’est fabriqué avec du lait étranger.»

C‘est un brin plus compliqué avec Coop. En juin dernier, devant la pression d’organisations paysannes et avec la hausse des prix internationaux, quelques membres de l’Interprofession du lait avaient décidé d’une augmentation. Coop en faisait partie et avait accepté de payer 3 centimes supplémentaires par kilo de lait, à partir du 1er juillet. «La semaine passée, à notre grande surprise, elle a annoncé qu’elle répercutait dès le 1er octobre, une hausse de 5 centimes sur le consommateur, relève Pierre-André Tombez. Pour le consommateur, cette hausse n’est pas perceptible, mais pour la Coop, elle est considérable sur le volume commercialisé.»

Dans une déclaration au Temps, Coop répond que les consommateurs n’ont rien payé de plus pour la période de juillet à septembre. Et d’ajouter que certains produits (yaourts, lait caillé) ne subiront aucune hausse.

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