Les ministres des Finances de l’Eurogroupe ont dessiné mardi soir à Bruxelles les contours du futur sauvetage des banques irlandaises

Réaffirmant leur «confiance» dans la stratégie de désendettement sur quatre ans annoncée voici quelques jours par les autorités de Dublin, les grands argentiers de la zone euro ont estimé dans leurs conclusions que «les conditions du marché ne se sont pas normalisées, justifiant l’attente de mesures appropriées».

«Nous confirmons être déterminés à prendre des mesures coordonnées pour protéger la stabilité financière de la zone euro et nous avons les moyens de le faire», poursuit le communiqué. Une mission conjointe d’experts de l’UE et du FMI est attendue très vite à Dublin pour des discussions «focalisées et précises». La décision d’activer un plan de sauvetage bancaire, jusque-là refusé par l’Irlande, pourrait donc intervenir d’ici la prochaine réunion de l’Eurogroupe le 7 décembre.

La volonté européenne de venir en aide à l’Irlande pour que celle-ci puisse faire le ménage dans son secteur bancaire plombé par l’explosion de la bulle immobilière insulaire est donc bien à l’agenda. Elle passerait par l’activation du mécanisme de stabilisation financière basé à Luxembourg et dirigé par l’Allemand Klaus Regling. Cette facilité d’emprunts, couverte par les garanties des Etats membres est capable d’emprunter sur les marchés financiers jusqu’à 750 milliards d’euros. Sa mise en œuvre nécessitera, une fois que ses actionnaires – les seize pays de l’Eurogroupe plus la Suède et la Pologne – l’auront approuvé, dans une dizaine de jours. Les fonds obtenus transiteront alors par l’Etat irlandais afin qu’il garantisse les dépôts, ou nationalise temporairement les établissements bancaires menacés de faillite comme cela a été le cas dans plusieurs pays de l’UE pour stopper l’hémorragie bancaire de l’automne 2008.

Cette volonté d’intervention sera confirmée, ce mercredi matin, lors de la réunion de l’Ecofin au niveau des Vingt-Sept, en présence des ministres des Finances de l’AELE, invités comme chaque année en novembre. La Confédération, en l’absence d’Eveline Widmer-Schlumpf, y sera représentée par le secrétaire d’Etat aux Affaires financières Michaël Ambühl.

L’Ecofin, présidé par le ministre belge des Finances Didier Reynders, recommandera à son tour à l’Irlande de donner suite au plus vite à l’offre européenne, malgré les réticences du gouvernement de Brian Cowen à tendre la main. La prise de position britannique est notamment très attendue, compte tenu des liens étroits entre Londres et Dublin et de l’exposition des banques de la City dans la débâcle financière irlandaise.

A l’inverse, les ministres de l’Eurogroupe continuent de déconnecter le cas irlandais de la situation préoccupante du Portugal et de la Grèce. Deux communiqués spécifiques réaffirment la confiance de la zone Euro dans les mesures de stabilisation de ces deux pays, malgré les difficultés récentes rencontrées en raison de la hausse brusque des taux d’intérêts pour le refinancement de leur dette souveraine. Une hausse considérée comme une riposte des marchés financiers à la volonté allemande de faire participer le secteur privé à d’éventuels plans de sauvetage futurs.

Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet s’est à plusieurs reprises dit opposé à cette tactique du « bâton » consistant à menacer les banques de devoir accepter, en cas de crise d’un Etat défaillant, la restructuration de leurs créances. Cette idée, prise en compte lors du sommet européen des 29 et 30 octobre, a aussitôt allumé la mèche d’une nouvelle flambée de spéculation. «Nous avons agité le chiffon rouge confié lundi soir un diplomate. Nous devons maintenant frapper fort pour calmer le jeu ».